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Une nuit de garde-a-vue

Thème : Société, Prison
Publiée le 06/07/2012 |
15746 | 10
Révélée par CHALMI Alexis |
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La garde à vue, le plaisir d'être traité comme un criminel à tort

En me baladant sur les différentes vérités présentes sur ce site, je me suis attardé sur celle parlant de la garde-à-vue et de ces dérives. Les abus sont nombreux et trop peu souvent dénoncés. Je vais vous raconter ma vérité, mon expérience de la garde-à-vue…

Nous sommes au mois de Février 2010. Je travaille à temps partiel le midi dans un bar à vin. Le service, comme tous les jours, prend fin à 16h. J’allume une cigarette, enlève le cadenas de mon scooter, démarre et rentre chez moi la clope au bec. Environ300 mètres plus loin, arrêté à un feu rouge alors que ma cigarette est déjà finie depuis quelques dizaines de mètres, un policier à vélo, haletant, arrive à ma hauteur et me demande de me ranger sur le bas côté. Ne comprenant pas que la requête m’est adressée, je tourne machinalement la tête pour voir qui est derrière moi. Personne… Je m’exécute donc et me retrouve face à ce policier, casque harnaché sur la tête, suant comme au finish d’une étape du Tour de France ; il me pose le plus simplement du monde la question suivante :

- Monsieur, savez-vous pourquoi je vous arrête ?

Je lui réponds par la négative, en lui faisant remarquer qu’il parle d’arrestation, et non de contrôle d’identité.Il poursuit :

- Vous étiez en train de fumer un joint en conduisant votre scooter (?!), mon collègue est en train de chercher le mégot là-bas.

Sûr de moi (je n’avais pas fumé depuis la veille !), je lui réponds qu’il peut chercher pendant longtemps car je n’étais pas en train de fumer un joint mais seulement une cigarette. J’ajoute que l’erreur est humaine et que la perception de la scène qu’il avait eu de loin était erronée. Je n’aurais pas du être aussi sûr de moi… Les policiers ont toujours raison ! Le « cyclo-cop », qui commence alors à s’énerver, me lance :

- Vous mettez ma parole en doute Monsieur ? Ca va être simple : nous allons au commissariat et là, nous ferons un test salivaire Monsieur. Ainsi, nous verrons bien qui a raison !

Vous l’aurez compris, le test salivaire qui détecte différentes traces de drogues dans la salive et qui est fiable sur 36 heures, s’est révélé positif. Je ne vous décris pas alors la tête du policier, fier de lui, me dévisageant comme s’il venait d’arrêter Harrisson Ford dans « Le Fugitif » avec un sentiment de travail accompli.

Malheureusement pour moi, ce test de pacotille ne donne pas de taux mais révèle simplement la présence ou non de telle ou telle drogue dans les 36h précédent le test. Je me retrouve donc devant l’officier de police judiciaire auprès duquel je clame mon innocence, lui jure que la prise de drogue avait été faite la veille et que je n’étais pas en train de conduire mon scooter sous l’emprise de stupéfiant. Mais ma voix, dans ce bureau de la PJdu 9ème arrondissement est restée inaudible. L’officier m’indique alors qu’ils vont devoir faire des analyses sanguines pour connaître mon taux exact et qu’ils me mettent en garde-à-vue le temps que le fourgon m’emmène à l’hôpital et que des analyses approfondies soient réalisées. Il est 17h30. Si tout se passe bien, je serais de retour avant 19h, juste à temps pour que le procureur signe ma sortie de garde-à-vue. Mais il n’y a qu’un seul fourgon dans le 9ème arrondissement de Paris et il n’y a pas de signature de sortie de garde-à-vue entre 19h et 9h du matin (si tu te retrouves en cellule à 19h01, tu sais que tu y passeras la nuit !). Mon fourgon est arrivé à minuit ! J’ai vite compris que la nuit serait longue…

J’ai donc passé la nuit en « GAV »aux côté d’un mec pour le moins violent (par chance uniquement violent vis-à-vis des policiers !). Je suis donc dans cette cellule en plein mois de Février 2010, sans couverture - des détenus les avait brûlées quelques semaines plus tôt ( ! ) – avec mon seul manteau pour essayer de me réchauffer. Il a fait froid ! Très froid ! J’en suis sorti avec des engelures aux phalanges…

A trois heures du matin, cinq policiers dela BAC(Brigade anti-criminalité) jettent violemment trois roumains menottés devant notre cellule. L’un des trois s’écroule au sol en hurlant dans un français approximatif : « C’est pas moi Monsieur, j’ai rien fait ! ». Il s’avéra par la suite qu’ils n’avaient appris que ces quelques mots. Fatigués et énervés, les policiers demandent aux jeunes venus de l’Est s’ils ont des couteaux ou des seringues afin d’éviter les mauvaises surprises pendant la fouille. Les jeunes répondent la même phrase : « C’est pas moi Monsieur, j’ai rien fait ! ». Excédés, les policiers commencent à maltraiter les menottés, des coups de pied les font tomber à terre, puis d’autres les clouent au sol. C’est à ce moment là, dans la salle de fouille au corps, que l’un des policiers crie subitement : « Il a une seringue sur lui ! » en parlant de jeune sur lequel la fouille était réalisée. En l’espace de quelques secondes, la situation dégénère… Les policiers s’abattent sur les trois jeunes menottés, les molestent au sol, les étranglent avec leur matraque avec une violence d’une intensité telle que j’en reste choqué. Les policiers traitent les jeunes de « saletés de roumains, camés de mes deux ! »… Une violence qui s’arrête au moment ou l’une des agents informe ses collègues que la seringue est capuchonnée et qu’il ne sert à rien de continuer à s’exciter ; il n’y a pas de danger.

Mon codétenu, qui comme moi, a vu la scène, caché sous son manteau et feintant le sommeil se lève alors d’un bond et insulte les policiers de façon très virulente. J’ai distingué de la peur dans les yeux des agents tant la fureur de mon codétenu devant cette porte en plexiglas était agressive. Pour ma part, je me cache sous mon manteau et attends que cela cesse. Je subis ma nuit… Après ces quelques minutes traumatisantes, j’ai passé le reste de la nuit à entendre pleurer les trois roumains dans la cellule voisine. Ma garde-à-vue s’est terminée à 9h30 du matin, juste à temps pour repartir au boulot…

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais non, chanceux comme je suis… Deux semaines plus tard, je suis convoqué au commissariat pour les résultats de mes analyses sanguines. L’officier de police judiciaire m’indique que le soir de la « GAV » mon taux était de0,21 grammesde THC par litre de sang et qu’en dessous de 0,20 g/l la personne n’est pas considérée sous l’emprise de stupéfiants. Au-dessus en revanche… Je lui demande quel aurait été mon taux si j’avais fumé quelques heures avant la prise de sang comme le policier l’avait affirmé sur le moment. La réponse est sans équivoque : dans les premières six heures après la prise de cannabis, le taux est au-dessus de 0,80 g/l et il ne descend en-dessous qu’après 12 heures. Son collègue a donc fait du zèle et m’a fait passer la pire nuit de ma vie pour … RIEN ! Mais… la loi c’est la LOI…

A cause de cela, j’ai du payer 450 euros d’amende, j’ai perdu 6 points sur mon permis pour n’avoir pas fumé de cannabis et pour ne pas avoir conduit mon scooter sous l’emprise de stupéfiants… et surtout, j’ai vu ce que, bien cachés dans leur commissariat, les policiers et forces de l’ordre se permettent de faire : intimider, humilier, frapper, étrangler, matraquer, passer à tabac des personnes menottées sans aucun moyen de se défendre ! C’est une honte que de telles pratiques restent impunies dans notre pays des droits de l’Homme. C’est un devoir de le dénoncer.

Le Vériteur

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CHALMI Alexis

Alexis Chalmi est un jeune journaliste en poste depuis deux ans dans une rédaction parisienne. Passionné par l'image et l'écriture, ce jeune aventurier est toujours en quête de nouvelles expériences. Après avoir couvert pendant plusieurs mois les différentes campagnes (primaires, présidentielles ...
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