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Mon combat contre les abus sexuels et la violence

Publiée le 15/04/2013 |
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Révélée par GARNIER Angela |
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Ange Ellah (Angela Garnier) raconte dans « Tenir sur un fil, sans jamais en tomber » son parcours de vie chaotique, entre pédophilie, violences et alcoolisme.
Un petit ange gardien des plus vivants m'a dit il y a encore quelques jours : « regarde dans ton rétroviseur » et j'y ai regardé. Ce que j'y ai vu, des ombres noires bien au loin, un fil qui disparaît petit à petit...
 
Je me prénomme Angela, j'aurai quarante et un an en août, j’ai un parcours de vie compliqué que j'ai eu besoin de poser dans mon premier récit « Tenir sur un fil, sans jamais en tomber ». Le fait d'écrire cet article aujourd'hui est une des plus belles preuves que tout ceci est bel et bien derrière moi.
 
Je suis née en Vendée l'été 1972, j'ai eu une enfance plutôt heureuse dans un cadre idyllique pour la petite fille espiègle et joyeuse que j'étais, une petite île assez sauvage. L'année de mes huit ans, deux événements allaient pourtant marquer ma vie. J'avais voulu faire ma communion, la famille était venue pour l'occasion. Un de mes oncles m'a obligée à lui faire une fellation, un abus sexuel qui aujourd'hui est considéré comme un viol. Il a dit à la petite fille de se taire et elle s'est tu de longues années, elle a enfoui cette horreur au plus profond d'elle. Quelques mois plus tard, ma petite sœur venait au monde, mon père avait été muté en région parisienne, c’était une déchirure pour moi de partir de ce lieu, et je me suis fait la promesse de revenir y vivre adulte...
 
Et j'ai tenu ma promesse en 1991, après une adolescence houleuse, ayant des relations complexes avec mon père. J'ai pris mon envol ou plutôt les flots pour cette petite île tant aimée. J'avais rencontré au cours des grandes vacances deux ans plus tôt un jeune homme avec qui j'allais vivre trois ans, avec qui j'allais avoir mon premier enfant, une petite Melody. J'ai vécu avec cet homme alcoolique dans l'enfer de la violence, les coups, les insultes, puis les viols sont devenus mon quotidien. Pour sauver ma vie j'ai dû me résoudre à quitter de nouveau ce caillou, en emmenant bien évidement mon enfant, un retour en région parisienne en décembre 1994.
 
J'ai très rapidement trouvé un emploi de serveuse, un petit logement sans meubles certes mais surtout sans violence. J'ai fait la rencontre d'une femme, celle qui est mon petit ange gardien vivant, mon amie de vie depuis dix-huit ans.
 
Je voulais que ma Melody continue de voir son père, il avait été un monstre avec moi mais pour elle il était son papa. En avril 1995, j'emmenais donc notre fille sur l’île, pour quelques jours, mais ce séjour allait basculer vers l'horreur : nous sommes reparties escortées par des gendarmes, mon ex-compagnon ayant tenté de m’étrangler. A notre retour chez nous en région parisienne, ma petite Melody de deux ans et demi allait livrer un terrible secret : son papa l'avait touché « à la chouchoune ».
Décrire la douleur, la colère, ressentie en entendant les mots de mon enfant, les dires du médecin qui l'a vu le jour même et ceux du pédopsychiatre qui l'a suivi par la suite, m'est impossible. Le cœur se déchire dans la poitrine, les larmes laissent place à la fureur, la douleur à la culpabilité. J'ai eu la chance d'avoir à ce moment-là, un soutien sans failles non pas de ma famille mais de mon amie, mon ange.
J'ai porté plainte après plusieurs écoutes en gendarmerie contre le père de ma Melody quelques mois plus tard. Des mois, des années difficiles avant le passage au tribunal en janvier 1997, où il a été interdit à cet homme de voir notre fille jusqu'à sa majorité. Il a perdu son autorité parentale, mais aucun suivi psychologique ne lui a été obligatoire. Melody a dû, elle, être suivie quatre ans. J'étais une maman torturée, mal dans sa peau, mais très présente pour elle. Je n'ai jamais refusé de l'entendre tout en masquant mes douleurs, et de l'écouter sur ses craintes, ses questionnements :
–                    « Maman, tu crois que je ne suis plus vierge ? Tu crois que je peux avoir des séquelles intérieures ? »
–                    « Maman, tu crois que ce que mon père m'a fait je le ferai à mes enfants ? »
–                    « Maman, tu crois que je serai stérile à cause de ce qu'il m'a fait ? »
 
Non tu ne feras pas cela à tes enfants ma Melo parce que nous avons brisé cette chaîne malsaine des abus sexuels, toi en parlant, moi en portant plainte. Je me suis battue pour tenir sur le fil de ma vie, je me suis battue pour que ma fille s'épanouisse au maximum. Elle a vingt ans aujourd'hui, c'est une belle jeune femme épanouie, avec un fort caractère, intelligente et à qui la vie tend les bras. Elle est l'amour de ma vie tout comme son petit frère. Ils sont ceux pour qui je vis, pour qui je me lève le matin pour affronter les journées...
 
En 2000, elle avait huit ans, et j'allais rencontrer celui à qui j'allais dire oui, éperdue d'amour, pour le meilleur mais surtout pour le pire, celui qui m'a fait le deuxième plus beau cadeau de la vie : notre fils Geronimo. Un mariage pluvieux mais pas heureux. Mon mari souffrait de ce qu'on dit être une maladie : l'alcoolisme violent. Avec lui j'avais voulu croire de nouveau, croire à une belle histoire, celle qui je pensais en l'épousant allait me rendre ma sérénité, celle que je voulais pour ma vie avec lui. Mais voilà, sa maîtresse bouteille et sa violence ont eu raison de mes envies, et de nouveau j'ai dû quitter un homme violent, jamais sans mes enfants.
 
 
Je vais faire là une parenthèse concernant ma vision de l'alcoolisme, sur la violence que celui-ci peut faire entrer dans une vie, de l'excuse qu'il est pour certains pour détruire avec des actes immondes la vie des autres.
La maladie, la vraie est venu frapper à ma porte en 2008, j'ai dû être opérée pour éviter un cancer du col de l'utérus et  je me suis battue seule pour surmonter cette épreuve.
En aucun cas il n'est une excuse d’être alcoolique et de battre sa femme, ou d'abuser de son enfant. Il n'y a à mes yeux aucune excuse aux abus qu'ils soient physiques, moraux ou sexuels. C'est pour cela qu'il faut se battre contre, ne plus en faire des actes tabous que l’on ne dénonce pas, et ne pas continuer de subir par honte ou par peur de parler.
 
 
Je reviens sur mon histoire, en mars 2005, après avoir demandé à mon mari de partir, j'étais à nouveau seule mais plus mal accompagnée. Seule pour assumer mes enfants que ce soit moralement ou financièrement. Nous avons mangés grâce aux Restos du Cœur quelques temps, nous avons vécu sur un terrain de camping en attendant que je trouve un nouveau toit. Mais JAMAIS, non JAMAIS je n'ai fait le choix de baisser les bras, je me suis battue pour mes enfants, pour moi, pour qu'enfin je trouve ma part de bonheur, celle à laquelle j'ai toujours voulu croire pour tenir sur mon fil. Je me suis battue pour que mes enfants soient le plus heureux possible.
J'ai eu des moments durs à surmonter, des moments de doutes, des moments de peur, des moments de grande solitude morale, mais JAMAIS je n'ai regretté d’être partie, d'avoir quitté des hommes qui par leurs actes n'en étaient pas. Il m'a fallu me battre sept ans pour obtenir mon divorce et faire reconnaître l'instabilité de Monsieur concernant notre enfant, qu'il n'a vu qu'épisodiquement au cours de ces années.
 
Je me suis reconstruite petit à petit, mais l'acte que j'avais subi de mon oncle, celui que j'avais enfoui m'a explosé à la figure quelques jours après avoir croisé dans une grande surface le père de ma fille. Une douleur terrible m'a envahie, sans pouvoir en parler si ce n'est à ma maman parce que j'avais eu envie de me donner la mort pour soulager mes tortures. Mais voilà, je ne voulais pas pour autant quitter ce monde, je ne voulais surtout pas lâcher mes enfants, mes amours et j'ai repris ma bataille pour avancer sans rien lâcher.
 
Un nouvel homme allait faire partie de ma vie durant mes années divorce, un coup de foudre, mon âme sœur du moins là aussi j'ai voulu y croire. J'ai aimé de nouveau, mais cet homme était lui un manipulateur narcissique, un homme auquel mon petit garçon en manque de présence masculine s'est attaché, un homme qui a tout fait pour qu'il s'attache à lui. Un homme qui croyait que son argent, celui qu'il avait gagné au jeu, lui donnait le droit de marcher sur les autres notamment sur moi et mes difficultés financières. Un homme qui m'a fait quitter ma stabilité matérielle, ma sérénité morale à peine retrouvée, pour vivre chez lui, dans ses meubles et tout cela pour me jeter dehors avec mes enfants peu de temps après notre mise en ménage, comme on jette un jouet dont on ne veut plus.
De nouveau je n'avais plus rien, je devais tout reconstruire pour mes enfants avant tout. Une fois de plus je ne me suis pas effondrée, je me suis battue, j'ai trouvé un toit, j'ai remeublé complètement celui-ci, le tout en survivant avec des minima-sociaux, en assumant seule mes enfants et leurs différents besoins.
 
Il y aura cinq ans en août juste après mon opération, j'ai commencé l'écriture de ma vie, de mon parcours, de mes douleurs, des abus dont j'avais été victime, dont ma fille avait été victime.... J'avais toujours trouvé dans l'écriture une amie muette à qui dire mes blessures, mes révoltes, mes craintes, mes peurs. Petit à petit ma tête s'est vidée, petit à petit j'ai repris confiance en moi en comprenant tout ce que j'avais réussi à surmonter.
Un concours de circonstance a fait que cette écriture est devenue un livre, « Tenir sur un fil, sans jamais en tomber » qui a été édité. Sa parution m'a ouvert les yeux sur bien des choses que j'avais besoin de comprendre sur moi.
 
Ainsi que sur l'une des nouvelles batailles que j'allais livrer dans les années à venir avec mon cœur, avec mes tripes, parce que j'ai surmonté avec force. Cette bataille est celle de venir en aide aux victimes d'abus sexuels, de violence, une aide, un message que je veux leur adresser, ici et partout où je pourrais le faire. Ce message est celui-ci : il faut parfois se battre très fort pour se sortir d'une situation lourde à subir, mais il est possible en se battant de trouver sa part de bonheur. Après de telle horreurs, il faut apprendre à se faire confiance, apprendre à croire en soi, apprendre à se reconstruire, mais ce soir assise sur mon canapé en écrivant cet article je suis fière d'avoir su faire tout cela et d’être encore là pour en parler. D’être là pour dire qu’il est possible de faire que la roue tourne même s’il faut la pousser très fort.
 
J'ai un projet d'association pour lutter contre les abus sexuels, un projet qui je le sais verra le jour lorsqu'il sera viable comme je veux qu'il le soit afin d’être une vraie écoute pour les victimes.
 
Je me suis battue. Aujourd'hui je suis célibataire, ce qui ne m’empêche de croire encore à l'amour, le vrai, le porteur et non destructeur, celui qui m'attend quelque part... Je vis sereine avec ma Melo et mon Geronimo qui aura 12 ans en décembre 2013, un petit garçon plein de vie, doué d'une belle intelligence, des enfants qui remplissent ma vie de bonheur. Je suis fière en regardant ce que j'ai laissé au loin sur le bord de la route, les ombres noires ont laissé la place au fameux bout du tunnel, à la lumière. Et je suis heureuse, oh oui je suis heureuse de vivre avec passion cette nouvelle vie qui m'attend entourée de ceux que j'aime et qui m'aiment tout autant. Mon écriture a pris une nouvelle tournure, avoir l'esprit libre m'a permis de sortir du récit pour m'orienter vers de la fiction, quittant ainsi l'écriture thérapeutique pour l'écriture passion.
 
Je vais à présent m'adresser à toi qui vient de me lire : si tu es victime et que tu n'oses pas parler, fais le pour te sauver, ne reste pas dans la destruction car en parlant tu pourras avancer vers la reconstruction. Ne pense pas que tu es une mauvaise personne, ne pense pas que tu es incapable de surmonter cette situation, de survivre pour enfin vivre et surtout n'ai pas honte de ce que tu es, de ce qu'on te fait subir, tu n'as pas à avoir honte, tu n'es pas coupable. Il faut dénoncer ces actes pour qu'ils ne soient plus tabous, pour que ces actes ne détruisent plus de vies. La bataille est certes difficile mais elle en vaut le coup, vraiment je le dis haut et fort : elle vaut le coup. Je m'adresse aussi bien évidement à toi qui n’est pas victime, mais à qui je demande de diffuser au maximum cet article afin de nous aider à briser les tabous.
Merci à ceux qui m'ont lu, je vous embrasse.
 
Ange Ellah (Angela Garnier)
Tenir sur un fil

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Le Vériteur

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GARNIER Angela

Née le 26 août 1972, Angela est une enfant désirée, aînée d'une fratrie de 3 enfants. Elle passe sa vie entre la région parisienne et sa Vendée natale, elle met au monde 2 enfants, les grands amours de sa vie. Victime d'abus en tous genres, elle se bat de longues années pour tenir sur son fil, pa...
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