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ma Vérité sur l’inclusion des enfants handicapés en milieu scolaire

Publiée le 13/11/2014 |
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En France, les enfants en situation de handicap sont rarement scolarisés. Pourtant, cette solution est moins onéreuse et plus efficace que notre modèle actuel.
Aujourd’hui, en France, on ne laisse pas aux enfants atteints de handicap la chance de l’inclusion en milieu ordinaire. Quand vous faites un dossier à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), la première solution proposée aux parents est l’orientation en Institut Médico-Educatif (IME).
 
On oriente les enfants vers ce genre de structures, donc on les exclue sans leur donner la chance de s’intégrer à l’école. On ne regarde pas si c’est vraiment l’endroit où ils vont s’épanouir, s’ils sont capables de s’intégrer en milieu ordinaire ou s’ils ont des capacités qu’ils pourront développer.
 
Le placement en IME : une solution inefficace et onéreuse
 
Les instituts médico-éducatifs regroupent les enfants handicapés, soit d’une catégorie spécifiques de handicap, soit de plusieurs types de handicaps. Comme chacun sait, les enfants autistes ont des problèmes d’habilités sociales dans la vie de tous les jours : ils ont des difficultés à comprendre comment se comporter en société, comment réagir face à une situation… Mais, si on les laisse entre eux, ils ne pourront pas s’ouvrir au monde « neurotypique », au milieu ordinaire. C’est la même problématique pour tous les types de handicap : parquer les handicapés entre eux n’est pas une solution. Ça n’apporte rien, ni aux enfants, ni à la société, ni aux parents.
 
De plus, les placements en IME coûtent beaucoup d’argent aux contribuables, ce à quoi s’ajoutent les frais de transports. Pourtant, des solutions existent ! Pour avoir un ordre d’idée, un IME ou un hôpital de jour coûte 900 euros par jour par personne, alors qu’on peut embaucher un Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS), même à temps complet, pour 650 ou 700 euros par mois – même si ce n’est évidemment pas assez pour le travail effectué. Selon une étude réalisée par le député Matthias Fekl, la mise en place de l’inclusion scolaire pour les enfants autistes ferait économiser 15 milliards d’euros à l’Etat. Aujourd’hui, cet argent existe mais il est utilisé à mauvais escient : les IME coûtent très cher à l’Etat et n’apportent pas de solutions aux enfants et à leurs parents.
 
De futurs adultes dépendants
 
On est face à un vrai scandale sanitaire. Les enfants handicapés qui ne sont pas inclus dans la société vont devenir des adultes, en l’occurrence des adultes qui ne seront pas autonomes. On va se retrouver à devoir les gérer et leur donner des allocations pour leur permettre de vivre ou pour les aider à embaucher quelqu’un pour les aider – leurs parents ne sont pas éternels. A un moment ou à un autre, il faudra aussi créer plus de structures pour les personnes adultes alors que, même aujourd’hui, la demande est croissante et qu’il n’y a pas assez de places pour eux. C’est un cercle vicieux.
 
Demain, on aura des millions d’enfants handicapés qui auront grandi, qui auront besoin de places dans des structures et qui coûteront encore plus cher à l’Etat. Vu le contexte économique actuel, ce n’est pas la bonne solution : il faut se projeter dans l’avenir. Si on les incluait directement en milieu ordinaire, on arriverait à éduquer des adultes autonomes, qui contribueraient à la vie de la société, travailleraient et paieraient leurs impôts. De plus, des places seraient libérées dans les structures spécialisées pour ceux d’entre eux qui resteront malheureusement toujours dépendants. Le problème serait réglé presque par magie, mais il faut que l’Etat comprennent qu’il faut s’y attaquer maintenant, on ne peut pas se permettre d’attendre encore 40 ans.
 
Les obstacles à l’inclusion scolaire
 
On estime que neuf enfants handicapés sur dix sont scolarisables en milieu ordinaire. Or, aujourd’hui, seulement un sur dix est scolarisé. Pour mettre en œuvre l’inclusion scolaire, on manque encore de moyens, de formation et de sensibilisation.
 
Par exemple, pour être scolarisés, les enfants doivent être accompagnés à l’école par une Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS). Malheureusement, ces AVS n’ont que des contrats précaires : ce sont des chômeurs longue durée qui arrivent directement de Pôle Emploi et ne connaissent rien au handicap en dehors d’une formation rapide pour les « mettre au courant ». Donc, non seulement ils sont confrontés au monde du handicap qui est déjà très difficile, mais en plus ils ont un statut précaire. On leur demande d’accompagner des enfants différents mais on ne leur en donne pas les moyens.
 
Au Collectif Citoyen handicap, nous appelons souvent pour des parents qui ont des notifications pour avoir des AVS pour leur enfant mais qui n’en obtiennent pas. On nous répond que toutes les AVS ont été affectées et qu’il n’y a plus de moyens : c’est inadmissible. Nous avons récemment été scandalisés d’entendre l’inspectrice académique de Nice dire qu’il y avait « 50 enfants en trop ». Ce ne sont pas des enfants en trop ! Ce sont 50 AVS qui n’existent pas : ce ne sont pas nos enfants qui sont en trop, c’est vous qui n’avez pas les moyens de leur permettre de réussir ! Aujourd’hui, chacun doit prendre ses responsabilités. Les moyens existent, il faut les prendre là où ils sont gaspillés et les utiliser là où ils serviraient vraiment à quelque chose.
 
On est également confrontés à des réticences de la part des directeurs d’écoles. Ils ne sont pas forcément de mauvaise volonté mais on leur dit qu’ils vont devoir « faire avec » un enfant atteint de handicap au sein de leur établissement alors qu’ils ne connaissent pas ce monde – et a fortiori parce qu’il existe de nombreux types de handicaps. Ils n’ont aucun soutien. On leur dit qu’il y aura un AVS mais, comme expliqué plus tôt, cet AVS ne sait souvent pas non plus comment faire. On sait que le handicap fait peur et j’ai l’impression qu’on demande l’impossible à ces personnes sans mettre les moyens nécessaires pour les aider.
 
De la Santé à l’Education Nationale : compétences et budget
 
Au ministère de la Santé, on nous avait avancé « Mais vous savez, c’est très difficile parce que ça rentre dans le domaine de l’Education Nationale ». Quand on avait été reçus au Ministère de l’Education Nationale, on nous a dit « Mais vous vous rendez compte que ça rentre quand même dans les compétences de la Santé ». Oui, nos enfants sont handicapés : ils relèvent de la Santé pour les soins, mais aussi de l’Education Nationale parce qu’ils ont droit à un enseignement. Or, chacun se décharge sur l’autre en espérant qu’il fera le travail à sa place. Aujourd’hui, la meilleure solution serait de faire une réunion entre ces deux ministères pour parler de la question du handicap.
 
Le Ministère de la Santé, et notamment celui chargé du Handicap, a des budgets pour cette problématique mais il a aussi des instituts médico-éducatifs à financer. Il a besoin de cet argent à cet endroit et il est hors de question d’en donner ne serait-ce qu’un peu à l’Education Nationale. Et l’Education Nationale est censée composer avec les moyens qu’elle a. Il faut arrêter cette mascarade. On ne demande pas la fermeture des IME, loin de là : il y a évidemment des enfants lourdement handicapés qui ne seront pas capables d’aller à l’école. Mais si on permettait à ceux qui en sont capables d’avoir leur chance dans le milieu ordinaire, on aurait un soin de meilleure qualité et plus de places pour les enfants qui ont réellement besoin de ces structures médico-éducatives.
 
Mettre en œuvre l’inclusion scolaire des enfants handicapés
 
La réussite du projet de scolarisation en milieu ordinaire passe par trois choses essentielles. D’abord, il faut que les AVS aient un statut reconnu. Il ne faut pas qu’à chaque fois qu’ils commencent à acquérir de l’expérience dans le handicap, on ne leur renouvelle plus leur contrat, comme c’est souvent le cas actuellement. Il faut que ce soit un vrai métier de vocation, qu’ils aient un réel statut, au même titre que les enseignants. Il faut aussi revaloriser leur salaire pour leur donner envie de donner de leur personne. Aujourd’hui, un travail avec un salaire 600 euros n’est intéressant ou attractif pour aucun Français. Evidemment, il faut aussi que l’Education Nationale, grâce à ce statut reconnu, embauche davantage d’AVS.
 
Ensuite, on doit avoir des enseignants conscients de la problématique de l’inclusion scolaire. Aujourd’hui, on se retrouve face à des enseignants qui veulent bien faire mais qui ne savent pas comment. L’inspecteur académique les appelle et leur dit que la loi de 2005 les oblige à prendre tel élève mais il ne leur explique pas dans quelles conditions l’accueillir. Il ne leur dit pas qu’ils ont des modules à télécharger ou qu’ils peuvent organiser des réunions internes avec les parents pour se renseigner sur le handicap de l’enfant. Il faut parler aux enseignants : il faut leur donner des moyens et des formations tout au long de leur carrière. Il faut aussi leur donner les moyens d’expliquer la situation aux autres enfants de la classe : ils en pâtissent aussi.
 
Enfin, il faut rappeler à chacun ses obligations : le rôle de l’AVS et de l’enseignant, sans faire l’amalgame. Il faut sensibiliser pour que les parents puissent faire confiance à l’Education Nationale et pour que les rapports soient moins tendus, parce que la situation est catastrophique. On reçoit tous les jours des demandes de parents qui nous disent que le dialogue est rompu entre eux et l’école. Certes, il y a la loi et ils vont obliger l’école à prendre leur enfant mais ils restent des parents et ils ont peur que ça se passe mal. Aujourd’hui, on n’a pas l’impression d’être soutenus par les enseignants, ils nous disent « Mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? ». Il faut qu’eux aussi se mobilisent, qu’ils demandent plus de moyens pour leur établissement ou pour leur classe. Aujourd’hui, on a l’impression de se battre et eux ont l’impression qu’on se bat contre eux. Alors que le principe c’est que chacun y mette du sien pour qu’on puisse avancer.
 
Des modèles vertueux à l’étranger
 
Aux Etats-Unis, la plupart des enfants atteints de handicaps sont scolarisés. Ils atteignent même l’université, chose qui n’existe quasiment pas en France. On a des difficultés monstres à arriver à ce stade. D’ailleurs, quand on avait contacté les syndicats lycéens pour manifester avec nous, ils nous avaient répondu qu’ils n’avaient pas beaucoup de camarades en situation de handicap. Evidemment, on ne leur donne même pas la chance d’aller en maternelle, comment voulez-vous qu’ils arrivent au lycée ?
 
En Italie, ils ont divisé les effectifs par deux – au lieu d’avoir 30 élèves dans la classe, il n’y en a que 15. Il y a un enseignant « lambda » pour enseigner à la classe et un enseignant spécialisé qui aide les élèves en situation de handicap ou d’échec scolaire. Ça ne peut que fonctionner : chaque élève se sent valorisé et a le temps qu’il lui faut pour évoluer. Ce système d’inclusion scolaire est certes onéreux mais il porte ses fruits. Les Italiens font des économies sur l’avenir : leurs enfants vont devenir autonomes, ils pourront contribuer à la vie de la société, payer leurs impôts et être comme tout le monde. En France, on en est loin. Pourtant, c’est un modèle européen qui a réussi, on ne parle pas des Etats-Unis ou du Canada. Il faut le suivre, d’autant plus qu’il ne coûte pas plus cher que notre modèle actuel.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Collectif Citoyen Handicap

Le Collectif Citoyen Handicap a été créé par un groupe de parents d'enfants handicapés. Notre but est d'améliorer la situation globale du handicap et de permettre à chacun d'avoir accès aux soins et à l'éducation, pour retrouver sa place dans la société.
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