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Don d’organes : il faut créer un vrai registre des « oui »

Publiée le 28/04/2015 |
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L’amendement du projet de loi santé prévoyant de se passer de l’accord des familles pour le don d’organes d’un défunt pose de vrais problèmes éthiques.
A partir de 2018, l’accord des familles pourraient ne plus être nécessaire pour prélever un organe sur une personne défunte, comme c’est le cas actuellement. Cet amendement du projet de loi santé, adopté le 14 avril par les députés, suscite une levée de boucliers de la part du monde médical.
 
Jean-Marie Faroudja est président de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’Ordre des médecins. Il explique en quoi cet amendement pose des problèmes éthiques et propose d’autres solutions.
 
Comment s’organise le don d’organes de personnes défuntes ?
 
Jusqu’à présent, la loi stipulait déjà bien que, faute d’avoir manifesté un refus, le prélèvement d’organes chez un défunt était présumé consenti. Néanmoins, jamais les équipes de préleveurs ne l’ont fait sans en parler avec la famille : le but, c’est de savoir ce qu’aurait pu penser la personne au sujet du don.
 
Pour la famille, il s’agit d’un moment particulièrement difficile, d’autant plus qu’en général, il intervient dans le contexte d’un décès brutal, d’un accident. Elles ont donc affaire à des équipes entraînées, sur le plan psychologique en particulier, qui ont l’habitude de ces situations.
 
Un registre des refus existe, sur lequel le défunt aura pu s’inscrire au préalable, mais faire la démarche de refuser de donner ses organes reste très négatif. Les fameuses cartes de donneurs n’ont aucune valeur légale. La volonté de donner ses organes devrait être inscrite sur un support sécurisé.
 
Que pensez-vous de cet amendement ?
 
On ne peut pas dire que, parce qu’il n’y a pas eu de refus, il y a un accord implicite de donner ses organes. Aujourd’hui, quand bien même cet amendement passerait, les médecins ne prélèveraient pas sans l’assentiment des familles. De vraies questions se posent : à qui appartient la dépouille d’un défunt ? A la société ? Tout cela mérite d’être débattu.
 
Bien sûr, aujourd’hui, les dons d’organes diminuent alors que les demandes augmentent. Mais ce ne sont pas les députés qui peuvent décider que, parce qu’on a perdu des organes, on peut aller en prendre là où il y en a. On n’est pas dans une situation où on va chercher un carburateur dans une décharge pour réparer une voiture. On parle du respect du défunt.
 
Quelles solutions préconisez-vous ?
 
D’abord, en plus du registre des refus, il faut créer un vrai registre des « oui », qui dirait officiellement qu’une personne souhaite donner ses organes. Pour les personnes qui ne se seraient pas prononcées de leur vivant, il faut rester sur le principe qu’on a aujourd’hui. Mais l'idéal serait de prendre amont cette problématique, informer la population, pour que les médecins puissent parler de cette éventualité avec leurs patients en dehors de tout contexte dramatique. On pourrait inciter les gens à se prononcer, dans le cas d’une consultation avec le médecin.
 
Puisqu’on parle beaucoup de directives anticipées, on pourrait envisager d’inscrire cette décision quelque part, par exemple sur le dossier médical partagé, et on serait dans une situation de parfaite transparence. Ce document est un choix préférable, par rapport à la carte vitale, à laquelle tous les professionnels de santé peuvent avoir accès.
 
L’idéal, c’est que les gens y aient pensé et ce soient exprimés sur le sujet, comme ça se fait déjà pour l’acharnement thérapeutique, la fin de vie ou d’autres décisions. Certaines personnes seraient d’accord pour donner leurs reins mais voudraient garder leurs yeux. Chaque opinion peut se concevoir et est tout à fait respectable. La notification de la personne de son vivant permettrait à la famille de ne pas se retrouver, en plus de la douleur, devant un dilemme, à se demander ce que leur proche aurait souhaité faire.
 
La Ministre de la Santé, Marisol Touraine, a déclaré qu’il fallait organiser une consultation et je la rejoins. Mais il faut qu’elle invite des personnes qui ont l’habitude de ces problématiques. Si cet amendement passait donc, non seulement les médecins continueraient de faire ce qu’ils ont toujours fait, mais en plus on aurait manqué l’occasion de prévoir de vraies solutions en amont sur la problématique du don d’organes.
 
Propos recueillis par Marine Périn
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