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Pourquoi les urgences de l’Hôtel-Dieu ne doivent pas fermer

Publiée le 17/09/2013 |
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Révélée par KIERZEK Gérald |
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Soignants et patients se battent pour que les urgences de l’Hôtel-Dieu restent ouvertes. Le docteur Gérald Kierzek nous explique les enjeux d’une fermeture.
Quelle est la situation de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu actuellement ?
 
L’Hôtel-Dieu est menacé de fermeture, il y a eu une décision de l’AP-HP (Assistance Publique Hôpitaux de Paris). Ils ne disent pas qu’ils vont le fermer, parce que cela ferait désordre, ils parlent donc de le transformer en centre de consultations. Mais un centre de consultations pour remplacer un service d’urgences qui fait 300 passages par jour, des lits d’hospitalisation, ça n’a pas de sens : c’est faire une croix sur l’Hôtel-Dieu.
 
Depuis deux ans et demi, on se bat au sein d’un comité de soutien pour rappeler que cet hôpital, avec son service des urgences, est vital. Ce comité, c’est les soignants, mais aussi l’association Hôpital pour tous, la Coordination nationale de défense des hôpitaux de proximité, les syndicats, les usagers, les patients et les riverains.
 
Il y a quelques semaines, suite à la médiatisation de mon limogeage, la ministre de la Santé a repoussé la fermeture des urgences qui n’est donc plus prévue pour le 4 novembre. Elle a donné deux arguments à la sortie du conseil des ministres : l’impossibilité de savoir si les autres services d’urgences seront en mesure d’absorber cette fermeture et le climat social.
 
Quelles mesures sont mises en place par l’AP-HP pour accélérer cette fermeture ?
 
J’ai reçu un recommandé avec accusé de réception m’annonçant que j’étais démis de mes fonctions de chef de service du Samu SMUR. Je suis le fer de lance médical de la défense de cet hôpital. Il y a une valeur d’exemplarité évidente, pour dissuader les autres de parler. Je me positionne clairement comme un lanceur d’alerte : ce qui se passe à l’Hôtel-Dieu va avoir des conséquences dramatiques parce que les autres services d’urgences sont saturés et ne pourront pas absorber le volume des patients. On ne va pas vers une amélioration de la qualité des soins, mais, au contraire, sur une dégradation des soins sur l’ensemble de Paris.
 
C’est suite à mon limogeage que la ministre s’est exprimée pour le maintien des urgences. Le problème, c’est que les urgences toutes seules ne riment à rien. Il faut des lits derrières, le scanner et l’IRM, un plateau technique. Il faut maintenir tout cela mais l’AP-HP ne l’entend pas de cette oreille et elle continue à vider. En catimini, le 1er août, elle a envoyé un camion de déménagement à sept heures du matin pour déménager des lits de médecine interne.
 
Il faut certes maintenir les urgences, comme l’a dit la ministre, mais aussi maintenir tout ce qu’il y a autour et dans les urgences : c’est-à-dire les lits et le personnel. Si l’AP-HP continue de videz les lits et de décourager le personnel, on va arriver à une situation intenable.
 
Pourquoi l’hôpital de l’Hôtel-Dieu est-il si important ?
 
Il y a énormément de patients et de passages à l’Hôtel-Dieu : on a 300 patients par jour aux urgences. C’est le seul hôpital des neuf premiers arrondissements de Paris. Juste derrière nous, il y a treize millions de touristes par an qui passent sur le parvis de Notre Dame. Sous nos pieds, ce sont 750 000 voyageurs de la RATP qui passent tous les jours. Et puis ce sont 400 000 habitants. On ne parle pas d’un tout petit service, d’un petit hôpital : on est vraiment sur une localisation géographique très à risque et qui en fait un hôpital vital.
 
Quels sont les arguments de l’AP-HP en faveur d’une fermeture de l’Hôtel Dieu ?
 
Pour la fermeture de ce service, l’AP-HP a trois arguments. Le premier c’est qu’il y a d’autres services d’urgences. Mais ils sont saturés. Je dis qu’ils sont saturés parce qu’on a un petit outil qui permet de monitorer l’activité des services d’urgences en permanence et il est tout le temps rouge !
 
Le deuxième argument c’est qu’on va faire des consultations à la place des urgences. Mais soyons sérieux : un service d’urgences qui accueillent 300 malades par jour, on ne peut pas le remplacer par un centre de consultations. Les médecins généralistes nous soutiennent : quand ils reçoivent leurs patients en ville, c’est dans une certaine limite, mais s’ils les envoient à l’hôpital, c’est pour hospitaliser. Ce n’est pas pour avoir des gens qui feraient le travail que font très bien les confrères généralistes en ville.
 
Le troisième argument : l’hôpital est vétuste ! Mais c’est complètement faux : les urgences ont quatre ans, elles sont flambant neuves. Le médico-judiciaire est tout neuf, des dizaines de millions d’euros ont été investis. L’ophtalmologie a été rénovée : la dernière salle qui a été inaugurée, c’était en février 2012. Le pire du pire : la réanimation, qui a été vidée le 8 avril, est toute neuve aussi ! L’argument de dire que cet hôpital est vétuste est faux, l’intérieur a été complètement refait.
 
Alors, selon vous, quelle est la vraie raison de cette fermeture ?
 
La vraie raison de l’AP-HP, on la connaît. Le « mobile du crime », c’est qu’elle veut faire une opération immobilière. En face de l’Hôtel-Dieu ; il y a un bâtiment qui abrite le siège administratif de l’AP-HP, avec les directeurs d’hôpitaux et les personnels administratifs. Ils veulent vendre ce siège administratif et le déménager à l’Hôtel-Dieu. Mais pour pouvoir le faire, il faut dégager les malades et les soignants.
 
Comme on ne peut pas dire qu’on ferme l’hôpital, parce que ça ferait désordre, on trouve une espèce d’alibi en disant qu’on va faire un centre de consultations. On vend le siège, on prend les 150 millions d’euros, on les réinjecte à l’Hôtel-Dieu, non pas pour soigner les malades, mais pour faire des bureaux. Donc ils cassent ce qui a été fait, c’est là aussi l’aberration financière ! C’est la vraie raison, que l’AP-HP ne peut évidemment pas avancer, pour vouloir sacrifier l’offre de soins.
 
Quelle sera la suite de la mobilisation ?
 
La suite de la mobilisation, ce sera clairement les élections municipales. A un moment, il faut que le politique tape du poing sur la table, qu'il dise que la stratégie de l’assistance publique est incohérente et qu’on ne peut pas transformer un hôpital en bureaux.
 
Il faut aussi que la ministre aille plus loin dans ses décisions. Elle dit stop pour l’instant mais on voit qu’il y a une tactique politicienne pour ne pas embêter le PS aux municipales. Nous, on veut la pousser à aller encore plus loin et à rhabiller cet hôpital.
 
Si on veut prendre une métaphore médicale, il y a eu une hémorragie, on a stoppé l’hémorragie. Maintenant, il faut rhabiller, c’est-à-dire transfuser l’hôpital. On a descendu la barre au minimum de ce qu’on pouvait descendre : on a les urgences, le scanner, l’IRM, des plateaux techniques, des lits d’hospitalisation et l’ophtalmologie. Si on enlève une seule de ces pièces du puzzle, on va baisser la barre et on ne pourra plus accueillir de malade. Il faut au minimum laisser la barre à ce niveau et il va falloir la remonter pour que l’Hôtel-Dieu reste un hôpital de proximité.
 
Proposez-vous une alternative ?
 
Nous voulons quelque chose qui soit cohérent sur le plan médical et économique. Nous avons des urgences qui sont toutes neuves, une plateforme d’hospitalisation, des lits qui ont été rénovés, un scanner et un IRM. C’est un hôpital de proximité. Et puis, il y a l’excellence avec l’ophtalmologie, qui est le premier service en France. C’est ce qui existe, qui est cohérent sur le plan médical et qu’il faut valoriser sur le plan économique puisque les investissements ont été faits.
 
Si on veut aller plus loin, il faut développer aussi la gériatrie : il faut rentabiliser les services qui sont tout neufs et les rouvrir pour en faire des lits de gériatrie. Il faut aussi de la gynécologie-obstétrique, de la maternité de proximité. Il faut réfléchir autour de la chirurgie ambulatoire : quel meilleur endroit que l’Hôtel-Dieu, avec tous les transports en commun ? Et puis, si on veut aller encore plus loin, il faut faire une cité médico-judiciaire. Ce qu’on propose, c’est de valoriser ce qui a été fait et de le faire de manière intelligente, pour combler des besoins que l’AP-HP ne remplit plus actuellement.
 

Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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KIERZEK Gérald

Médecin à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu Ancien responsable de l'unité du Samu SMUR
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