Toutes les Vérités > Les dangers du « syndrome d’aliénation parentale »

Les dangers du « syndrome d’aliénation parentale »

Publiée le 28/11/2013 |
9779 | 3
Révélée par PHÉLIP Jacqueline |
2

Restez informé !

Recevez quotidiennement
les nouvelles actualités
par e-mail.

Photo de la Vérité
Présidente de « L’enfant d’abord », Jacqueline Phélip est souvent confrontée à l’« aliénation parentale », un syndrome qui n’a pourtant rien de scientifique.
J’ai commencé à m’intéresser à l’aliénation parentale à cause de mon expérience au sein de l’association « L’enfant d’abord ». En effet, au cours des dernières années, nous recevions de plus en plus de dossiers évoquant un diagnostic d’aliénation parentale, jusqu’à deux à trois fois plus qu’avant. Le plus souvent, ces diagnostics nous semblaient pourtant posés de façon arbitraire et ils variaient beaucoup d’un expert à l’autre. Mes recherches sur la question m’ont alors rapidement convaincue qu’il s’agissait d’un concept à haut risque.
 
Le concept d’« aliénation parentale », aussi appelé « syndrome d’aliénation parentale », est une notion introduite par le psychiatre Richard Gardner au début des années 1980. La principale manifestation de ce trouble serait une « démarche de dénigrement que l’enfant entreprend contre un parent » résultant d’une manière quasi-systématique d’un endoctrinement de l’enfant par l’autre parent. L’utilisation des termes de « syndrome » et d’« aliénation » donne l’impression que cette théorie est prouvée scientifiquement mais il n’en est rien.
 
Une théorie sans réel fondement scientifique
 
En effet, le concept d’aliénation parentale n’existe pas officiellement. Il a d’ailleurs été refusé d’inclusion dans le DSM 5, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Les présidents des associations américaines de psychiatrie et de psychologie ont alors indiqué que l’aliénation parentale ne bénéficiait presque d’aucun fondement dans la littérature médicale empirique. Elle n’a d’ailleurs pas de définition unique : pour les uns, elle désignerait le comportement de l’« enfant aliéné », pour les autres, celui du « parent aliénant » ou du « parent ciblé ».
 
Les partisans de l’aliénation parentale continuent d’utiliser les critères mis en place par Richard Gardner : au nombre de huit, ils sont censés permettre de reconnaître cette situation… Mais ils sont complètement arbitraires ! L’un d’entre eux consiste par exemple dans une « campagne de dénigrement et de haine » par l’enfant d’un des parents : mais ne peut-elle pas être justifiée par d’autres raisons qu’une manipulation de l’autre parent ? On trouve également le « phénomène du penseur indépendant », c’est-à-dire une affirmation forte de l’enfant que sa décision de rejeter un des parents n’appartient qu’à lui : autrement dit, si l’enfant affirme qu’il n’est pas manipulé… c’est forcément qu’il l’est !
 
Des conséquences juridiques parfois dramatiques
 
Malgré ce socle théorique plus que bancal, cette théorie continue de se répandre : ses adeptes proposent ainsi des formations aux policiers, aux travailleurs sociaux… et aux magistrats. Ce qui rend la situation dangereuse, c’est ensuite l’utilisation excessive de ce « syndrome » par la justice : on court le risque de « diagnostiquer » une aliénation parentale dès qu’un enfant ne veut plus voir l’un de ses parents. Ces prétendus diagnostics ne sont d’ailleurs pas systématiquement faits pas des psychiatres, mais souvent par des psychologues, voire des assistantes sociales ou des juges aux affaires familiales.
 
Les conséquences peuvent alors être très lourdes. D’abord la parole de l’enfant est dénigrée puisqu’on le considère comme « endoctriné » par le parent « aliénant ». Ensuite, la garde peut être entièrement transférée au parent dit « ciblé ». Dans les pires situations, ces verdicts peuvent être synonymes de dérives : de nombreux cas ont vu des parents coupables de violences conjugales ou d’abus sexuels utiliser l’argument de l’aliénation parentale pour décrédibiliser leur ex-conjoint(e). Et, quand ils font l’objet d’une analyse psychiatrique, elle ne dure souvent pas plus d’une heure. Je ne fais pas ici le procès de la justice, mais il est certain qu’elle manque de moyens.
 
Un concept à l’origine de confusions
 
Ce « diagnostic » systématique crée des confusions. On ne peut pas nier qu’il existe réellement des cas de lavages de cerveaux par un parent envers l’autre. Mais c’est une dynamique complexe qui mérite un traitement au cas par cas. La manipulation provoquant un rejet total reste rare et, dans de nombreux cas, le parent « manipulateur » souffre lui-même d’un trouble psychiatrique. Il convient alors d’opérer un suivi psychiatrique du parent comme de l’enfant, mais ce n’est pas à la justice de s’en charger.
 
De même, il existe au sein des couples divorcés de nombreux cas de dénigrement mutuel, mais qui ne conduit pas forcément l’enfant à « choisir son camp ». Ces couples très conflictuels l’étaient par ailleurs déjà avant la séparation et on sait que l’instabilité familiale fait partie des critères qui nuisent le plus à un enfant. Cette « manipulation » au sens large fait malheureusement partie de la vie, et a fortiori partie de la vie d’un enfant de parents séparés.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

X

Partagez ma Vérité sur :

Restez informé :