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Ma vérité sur le classement de 1855

Publiée le 13/04/2012 |
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1855, une classement obsolète.

La classification officielle des vins de Bordeaux établie en 1855 sur demande de l'Empereur Napoléon III, à l'occasion de l'exposition universelle, est depuis longtemps un sujet de débat. Elle reste néanmoins en vigueur et à traversé plus d'un siècle et demi d'histoire. Quels sont les critères de ce classement, sont ils encore justifiés ou résolument obsolètes ?

Quel est l'impact sur le marché et pour le consommateur ? Dans les autres régions de France, les classifications quand elles existent sont basées sur l'évaluation de la qualité des terroirs (exposition, sols, micro-climat...), ce qui semble somme toute logique. Pourtant pour le classement des crus du Médoc, l'approche fût tout à fait différente. Pour les 60 châteaux du Médoc et l'unique château des Graves (Haut-Brion) qui ont décroché la timbale, ce sont les courtiers de l'industrie viticole qui ont établie leur hiérarchie. Classés en importance du premier au cinquième cru, les critères retenus étaient la réputation et le prix de vente qui en découlait. On peut supposer qu'à l'époque, cette approche bien qu'originale et très empirique était le reflet d'une qualité, d'une constance, le marché étant souvent plus fin qu'on ne peut le supposer. Qu'en est il aujourd'hui ? La notion de terroir n'ayant pas été prise en compte directement, le talent des vignerons n'étant pas toujours héréditaire, certains écarts se sont creusés, la réalité du classement n'est plus toujours le reflet de la qualité réelle.

Quelques exemples...

Prenons le Château Lascombes, classé deuxième cru et situé à Margaux. Aucune règle dans le classement de 1855, n'empêche un château d'agrandir son vignoble, il bénéficiera quoi qu'il en soit de son rang. Une petite superficie à l'époque, aujourd'hui une des plus grandes propriétés du Médoc avec 84 hectares et le château est pourtant toujours un deuxième cru classé. Bien que des efforts qualitatifs aient été effectués depuis le début des années 2000, beaucoup ont pu pensé que pendant longtemps le niveau présumé du château Lascombes n'était pas au rendez vous et son prix a d'ailleurs chuté. A l'inverse tout le monde s'accorde à dire que des propriétés comme les châteaux Lynch Bages ou châteaux Pontet-Canet, tous deux cinquième cru classés en 1855, mériteraient un rang beaucoup plus clément. Ce, grâce notamment au talent à la famille Cazes pour le premier, à Alfred Tesseron et son désormais célèbre directeur technique Jean-Michel Comme pour le second. Les prix d'achat de ces deux domaine de Pauillac sont d'ailleurs largement supérieurs à celui de nombreux de leur confrères au classement identique. Faut il toucher à ce classement ? Seul deux changements ont eux lieux depuis sa création : en septembre 1855 le château Cantemerle est inclus au classement, en 1973 le château Mouton Rothschild alors second cru rejoint le cercle fermé des plus grands et se hisse au rang de premier (sous la présidence de Georges Pompidou, ancien associé du groupe Rothschild et resté très proche de la famille...). A bordeaux quand on veut toucher au Saint-Graal, les levées de bouclier sont immédiates, en témoigne les révisions des classements des crus Bourgeois et des Saint-Emilion, finalement annulées après des actions en justice.

Le temps des changements ne semble pas d'actualité. Le marché continue quoi qu'il en soit de donner la tendance. Comme un retour aux sources ou plutôt un pied de nez à l'histoire, le classement était basé sur le prix et la réputation, c'est maintenant le prix et la réputation qui ont prix le dessus sur le classement. Gageons que quand la folie bordelaise matérialisée par le prix des primeurs 2009 et 2010 se sera calmée (espérons le !), les consommateurs français frustrés par cette escalade, pourront à nouveau profiter des charmes des plus grands bordeaux et faire la distinction entre les bons et les excellents vins quelque soit leur classement.

Le Vériteur

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CUKIERMAN Jérémy

Un parcours guidé par deux passions, le vin et la gastronomie. Après une dizaine d'années dans les médias et la publicité, l'appel du plaisir de la table, l'envie de transmettre et de partager ont pris le dessus. Professionnel du vin depuis plus de 7 ans, gérant de DMETS DVINS : trois boutiques ...
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