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Pour un avenir durable avec les femmes rurales

Publiée le 26/10/2012 |
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Révélée par SERRES Karen |
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« Une femme sur un tracteur ; une femme présidente d'une organisation agricole. Impensable ? Et pourtant en France, 1 agriculteur sur 3 est une agricultrice. »

A l’échelle de la population mondiale, les femmes rurales représentent plus d’un quart de la population, contribuant à la production de nourriture ainsi qu’au développement des économies rurales. Est né de ce constat La Journée Mondiale de la Femme Rurale » qui permet de mettre en lumière le rôle fondamental des agricultrices dans les pays du Nord comme dans ceux du Sud. Cette journée a pour but de nous rappeler que la nourriture pour être dans nos assiettes doit d'abord être produite. Dans les pays qui souffrent de faim et de malnutrition 80% de la production agricole est faite par des femmes. La Commission des Agricultrices de la FNSEA souhaite ici apporter sa vérité sur un sujet trop peu développé.

Le combat des agricultrices

L’agriculture a longtemps été considérée comme un métier d’homme, car difficile voire pénible physiquement. Pourtant, les femmes ont toujours travaillé sur les exploitations, mais leur participation n’était pas visible, car non appréhendée dans les statuts officiels. La mobilisation des agricultrices, notamment au sein du syndicalisme FNSEA, a contribué à l’amélioration de la place des femmes en agriculture. Cela s’est traduit par une évolution des statuts avec la création des EARL (exploitation agricole à responsabilité limitée) en 1985, ce qui a permis à un couple d’agriculteurs d’avoir chacun le statut de chef d’exploitation. Quant au statut de « conjoint collaborateur », institué en 1999 par la loi d’orientation agricole, il offre une reconnaissance professionnelle du travail des femmes et une amélioration de leur protection sociale.

Les agricultrices d’aujourd’hui

De plus en plus de femmes sont à la tête des exploitations agricoles. Ainsi, la part de femmes chefs d’exploitation est en effet passée de 8% en 1970 à 27% en 2010. Aujourd'hui en 2012, 25% des exploitants sont des exploitantes et en cumulant avec les agricultrices ayant le statut de collaborateurs nous avons un peu plus de 30% des agriculteurs qui sont de sexe féminin. Les filles progressent dans les effectifs de l’enseignement agricole (public ou privé) où leur part est passée de 39% en 1990 à 52% en 2010. Les femmes s’installent généralement plus tard (32 ans) que les hommes, après avoir eu une formation non agricole et parfois une activité salariée dans un autre secteur. La nouvelle génération d’agricultrices a ainsi fréquemment acquis, au cours de ces expériences, des compétences importantes pour la gestion de l’exploitation : l’art de la négociation avec les organisations agricoles, une aisance plus grande dans les démarches administratives, le rapport au public…compétences qui font parfois défaut aux hommes plus centrés sur la production. Or, ces compétences sont au cœur du métier d’agriculteur de demain.

LES PROPOSITIONS DES AGRICULTRICES DE LA FNSEA

1. Rendre égaux tous les exploitants agricoles au regard de l’accès aux aides économiques

Les évolutions législatives ont permis d’améliorer le statut des femmes agricultrices. Beaucoup privilégient l’installation sous forme sociétaire de type EARL. Cependant, les règles qui régissent la mise en œuvre des soutiens publics du deuxième pilier de la Politique Agricole Commune (PAC) ne permettent pas de prendre en compte l’ensemble des associés exploitants au sein d’une même exploitation. Ainsi, le fait qu’un couple d’agriculteurs reçoive la même aide qu’un exploitant individuel est perçu comme une véritable discrimination et une « non reconnaissance » par les agricultrices installées dans le cadre d’une EARL avec leur conjoint. Comme il s'agit ici d'aides au titre du développement rural, la Commission des Agricultrices soutient un changement de mode de calcul qui permettrait d’intégrer le facteur humain en tenant compte de tous les exploitants.

Pour une future PAC à dimension humaine

Au-delà des sujets concernant son budget et ses financements, la PAC doit rester une politique humaine et solidaire : les paysans savent que le premier objectif de leur travail est de nourrir des populations dont certaines, au sein de l’Union, ont besoin d’accompagnement et de soutiens indéfectibles. La Commission des agricultrices aux côtés de la FNSEA revendique ainsi une PAC à dimension humaine qui permette d'’intégrer une logique d’exploitant/e au centre du dispositif plutôt que la logique d'exploitation. En effet, jusqu’à présent est pris en considération le nombre d’hectares exploités pour l’attribution des aides. Mais cela a un effet discriminant important contre les femmes, du fait de l'écart important entre les superficies d'exploitations gérées par des femmes et celles gérées par des hommes. Au vu de la réforme de la PAC qui se prépare, cet élément est à intégrer dans les réflexions.

Garantir durablement un revenu décent

Face au démantèlement des outils de régulation, la Commission des Agricultrices plaide pour un nécessaire renforcement de l’organisation des producteurs et des filières pour défendre les agricultrices et agriculteurs face au laisser-faire du marché. Ce sujet est d’autant plus sensible que c’est souvent l’agricultrice qui est obligée de travailler hors de l’exploitation quand la seule activité de l’entreprise agricole ne suffit plus à faire vivre la famille.

Nous souhaitons aussi sur ce sujet mettre l'accent sur deux points : - la nécessité de permettre aux agricultrices et agriculteurs de France de mener leur métier sans avoir à subir de distorsions de concurrence, avec les producteurs européens ou au-delà, dues aux règles plus lourdes et coûteuses en France par rapport aux autres pays, - la possibilité pour les producteurs de s'organiser pour défendre un juste prix sans risquer des procès pour entente. Une évolution sur les règles de la concurrence est indispensable pour pouvoir se battre sur les prix à armes égales avec les grandes et moyennes surfaces.

Enfin, pour la Commission des Agricultrices et la FNSEA, la préférence communautaire est essentielle au fonctionnement d’un marché unique européen bénéficiant à l’ensemble des producteurs européens, sans pour autant oublier que l’Europe élargie a un rôle à jouer sur les marchés internationaux en réponse à la demande en biens alimentaires.

La représentativité des agricultrices dans les instances agricoles

119 730 femmes sont chefs d’exploitation et 41 326 sont collaborateurs d’exploitants agricoles. 161 658 sont, par ailleurs, conjointes d’exploitants. (source MSA).

La Commission des agricultrices prend acte de la représentativité minimum (30%) instaurée dans le cadre des élections à venir aux chambres d’agriculture. Ce pourcentage reflète la proportion d’électrices au sein du collège des chefs d’exploitation. Nous exprimons notre satisfaction vis à vis de cette avancée vers une meilleure représentativité femmes/hommes dans les instances agricoles. La commission des agricultrices souhaite que la règle de la représentativité soit étendue aux conseils d’administration des instances agricoles qui reçoivent des financements de l’Etat et/ou des collectivités territoriales. Elle pourrait conduire à une représentation d’au moins 25% des agricultrices dans lesdits conseils d'administration dans les trois prochaines années et d’au moins 30% au terme de cinq ans, ou plus si la réalité locale le justifie.

Images et stéréotypes

La représentation de l’agricultrice reste archaïque dans l’imaginaire collectif : éducation des enfants, tenue de la comptabilité de l’exploitation etc. Le poids des normes sociales est encore très fort. Il arrive que des filles qui ont des velléités d’installation en agriculture soient découragées et invitées à s’engager dans des carrières professionnelles qui sont supposées convenir à leur sexe. Bien que le marché foncier soit relativement ouvert aux femmes, il reste néanmoins plus accessible aux hommes et la préférence des propriétaires fonciers et des cédants va vers des repreneurs masculins. L’accès aux prêts bancaires n’est pas non plus chose aisée pour les femmes, d’autant qu’elles manquent souvent de ressources propres. L’effort à fournir pour convaincre les banquiers est important car ces derniers émettent souvent des réserves sur la viabilité et la pérennité des projets d’installation. Par ailleurs, la mesure mise en place par l’État d’une prise en charge de la caution bancaire pour faciliter l’entreprenariat des femmes est très intéressante, dans son principe, mais inadaptée à l’agriculture qui est une industrie lourde exigeant beaucoup de capitaux. Les plafonds, trop bas, doivent être relevés. A leur entrée dans le métier les agricultrices passent une période de test où elles sont guettées sur les tâches comme la conduite du tracteur par exemple… Mais elles s’en acquittent aussi bien que les hommes, gagnant par là leur légitimité.

La Commission des agricultrices de la FNSEA souhaite voir valorisé le métier de l’Agricultrice et plus généralement promouvoir la mixité en agriculture.

Le Vériteur

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SERRES Karen

De parents danois Karen Serres a grandi au Nigeria en pleine période de la famine du Biafra. Marié à un agriculteur du Lot elle est devenue agricultrice par amour ; elle est aujourd’hui mère de 5 enfants. En parallèle à sa vie personnelle bien remplie, Karen Serres a pu s'engager pour défendre la...
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