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Mythes historiques : les grandes invasions n'ont pas eu lieu

Thème : Histoire
Publiée le 15/10/2013 |
9453 | 2
Révélée par AVEZOU Laurent |
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La Gaule franque n’est pas le résultat de « grandes invasions » mais bien le produit d’une fusion culturelle issue de migrations graduelles.
Des barbares hirsutes pillant les paisibles cités gallo-romaines. De belles aristocrates enlevées par des brutes vociférantes sous le regard indifférent de leurs époux vautrés dans des orgies décadentes. En tête de cortège, Attila, le roi des Huns, fléau de Dieu, les yeux bridés et le visage barré d'un rictus cruel, première expression du « péril jaune ».
 
Voilà l'image en technicolor des « grandes invasions » véhiculée par l'Eglise pour mieux suggérer qu'elle fut la seule garante d'ordre au milieu du chaos. Image renforcée par la Renaissance pour régler son compte à ce Moyen Âge réputé obscurantiste et envers lequel les humanistes n'avaient que mépris. Au terme de ce Ve siècle de terreur, enfin une lueur d'espoir : le baptême du roi franc Clovis, un barbare plus « civilisable » que les autres qui allait ramener le calme en Gaule.
 
Attila ? Un souverain raffiné.
 
Image complaisante, mais fausse. D'abord, ce n'est pas au Ve, mais au IIIe siècle que la Gaule a subi les raids les plus féroces. Et les Francs, jugés après coup si présentables, étaient alors les plus dévastateurs des barbares – un terme qui désigne d’ailleurs tous les non-Romains sans être forcément péjoratif.
 
Attila ? Un conquérant cruel, oui. Un mégalomane, certes. Mais aussi un souverain raffiné, familier des Romains, qui avait séjourné longtemps parmi eux comme otage. Ceux qui l'ont diabolisé sont des historiens chrétiens, qui écrivaient après coup, pour exalter la résistance que lui auraient opposée certains évêques ou sainte Geneviève, la patronne de Paris. Attila, c'est surtout, dans l'imaginaire, le nomade par excellence, inassimilable à un monde romain urbanisé. Ce monde auquel les autres barbares, les Germains, cherchent par tous les moyens à s'intégrer.
 
Car il n'y a pas eu de prise de contrôle violente de l'Empire romain par les barbares, mais une lente acculturation, bien plus subtile que ce qu'en a retenu la légende, simplificatrice par nature. Une acculturation canalisée par les Romains eux-mêmes.
 
Les « grandes invasions » ? Une fusion culturelle.
 
Les barbares tambourinent à la porte de l'Empire ? Laissons-les entrer, mais à notre convenance. Soufflons le chaud et le froid, combattons-les, puis contraignons les vaincus à la culture des terres qu'ils viennent de ravager. Intégrons-les à nos armées pour qu'ils réinvestissent leur ardeur guerrière dans la défense des frontières, contre leurs frères plus remuants. En attendant, ils sont « fédérés » à Rome, c'est-à-dire qu'ils concluent avec elle un pacte de non-agression, voire d'assistance.
 
C'est cela, l'acculturation. Et elle fonctionne dans les deux sens : les coutumes guerrières des Romains se germanisent, ainsi que le parler des régions marginales – qui correspondent aujourd'hui à l'Alsace, à la Lorraine et à la Flandre. On s'aperçoit alors que ces rois germaniques, qu'ils soient burgondes (d'où tire son nom la Bourgogne), wisigoths ou francs, assurent la sécurité aussi efficacement que les Romains « de souche ». La preuve : en 451, c'est une coalition de Germains et de Romains qui repousse Attila.
 
Des « grandes invasions » ? Plutôt des migrations graduelles qui conduiront, par le jeu de la fusion culturelle, à ce produit de synthèse : la Gaule franque de Clovis et de ses successeurs, les Mérovingiens.

Le Vériteur

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AVEZOU Laurent

Professeur d'histoire, docteur en histoire, spécialiste des mythes historiques et de l'imaginaire national, auteur de Raconter la France : histoire d'une histoire, Paris, Armand Colin, 2008, et de 100 questions sur les mythes de l'histoire de France, Paris, La Boétie, 2013.
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