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Philippe El Shennawy libéré !

Thème : Justice, Prison
Publiée le 23/01/2013 |
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Révélée par MARIAN Maud |
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Photo de la Vérité
Après 37 ans de prison, Philippe El Shennawy présente au Président de la République un recours en grâce.

Maud Marian, son avocate, raconte son histoire. Pour elle, Philippe El Shennawy n'a plus sa place en prison.





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Mise à jour : Le 22 janvier 2014, la tribunal de Créteil a approuvé la libération conditionnelle de Philippe El Shennawy


Après 38 ans d'emprisonnement, Philippe El Shennawy va enfin laissé derrière lui son statut de plus ancien détenu de France. Il avait été condamné pour la première fois à 19 ans et ne devait théoriquement pas être libéré avant 2032, à l'âge de 78 ans. Il devrait sortir vendredi 24 janvier au matin et portera un bracelet électronique pendant deux ans.
 
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Retrouvez ci-après la Vérité de son avocate, Maud Marian, telle qu'elle la racontait il y a tout juste un an


Philippe El Shennawy a 23 ans, lorsqu'il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il a purgé à ce jour 37 années de prison dont 19 ans à l'isolement et six en unité pour malades difficiles. Libérable en 2032, il a vu sa situation pénale récemment fixée par la décision des magistrats de la Cour d'appel de Versailles, lui ayant accordé une confusion de peines partielle réduisant de cinq ans la peine de prison qui lui reste à subir et par la décision du Tribunal de l'application des peines de Versailles lui ayant accordé un relevé partiel de sa période de sûreté. Recevable à présenter une demande de libération conditionnelle en 2016, Philippe El Shennawy demande au Président de la République de lui accorder une grâce totale afin d'être libéré immédiatement et sans condition.

Aujourd'hui, Philippe El Shennawy dit sans concession “je ne changerai pas de prison pour une autre”. Ce message, pour entier quail soit, n'a rien d'un chantage ni rien d'irrationnel mais il est fondé sur 37 années d'expérience du monde carcéral, de la logique pénitentiaire, de la pratique judiciaire.La détermination de Philippe El Shennawy repose toute entière sur le constat qu'aucune des promesses qui lui ont été faites n'ont été tenues, que l'aléa judiciaire a systématiquement joué en sa défaveur et qu'aujourd'hui son maintien derrière les barreaux n'a plus de sens.

Une promesse de trop

Lorsqu'en juillet 2012, il entame une longue période de jeûne, il ne revendique rien que son droit à disposer librement de son corps et de sa vie. Puisqu'il n'entre dans aucune des cases où l'on aime, dans l'administration, à classer les individus sous écrous, que la situation dans les prisons françaises fait du bruit et que des personnalités éminentes s'intéressent à son cas, on lui promet en haut lieu qu'il sortira dès 2013 sous le régime de la conditionnelle. Une énième promesse non tenue qui met dos à dos l'administration, son autorité de tutelle, le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire ; une promesse de trop faite à un homme qui s'était fait à l'idée de la mort et que l'on ramène à la vie à force d'espoirs vite déçus.

Comment ne pas comprendre, dès lors, qu'il ne veuille pas d'une demi-mesure alors que toute sa vie durant l'on a repris d'une main ce qu'on lui accordait de l'autre ? Car une demi-mesure ou une grâce seulement partielle aurait pour effet de renvoyer Philippe El Shennawy devant ces juges mêmes qui, en décembre dernier, le relevaient partiellement de sa période de sûreté en dépit de la promesse d'emploi dont il bénéficiait. Comment imaginer dès lors que ces magistrats libres et indépendants, après avoir été déjugés par le pouvoir politique, lui accorderaient l'aménagement qu'il demandait déjà sa première comparution devant eux ?

Une erreur judiciaire

La vie carcérale de Philippe El Shennawy commence par une erreur judiciaire, une condamnation d'une extrême sévérité qui ne s'explique que par le camouflet infligé aux services de police par les deux auteurs d'un des vols à mains armées les plus médiatisés des années 1970. Alors même que son alibi le jour et l'heure des faits est vérifiable et qu'il ne peut se trouver dans la banque, Philippe El Shennawy sera condamné à la peine de réclusion criminelle à perpétuité par la Cour d'assises de Paris le 28 janvier 1977, pour avoir participé le 8 septembre 1975 au vol à main armée avec prise d'otages commis au préjudice du CIC de l'avenue de Breteuil, faits qu'il n'a pas pu matériellement commettre.

Rappelons qu'à la date de ces faits, il est à peine majeur, âgé de 21 ans. Son alibi n'avait été que partiellement et superficiellement vérifié.Ses nombreuses années de combat pour obtenir une révision hypothétique de son procès se solderont par l'intervention du Juge d'instruction Floch, qui s'était chargé d'enquêter sur ce hold up, auprès du Garde des Sceaux et la commutation, en 1986, de la peine perpétuelle injustement infligée en peine de 20 ans.

Détenu particulièrement signalé

Mais durant ces dix premières années, le détenu El Shennawy fera parler de lui et sera bien vite qualifié par la justice, la police, et l'administration pénitentiaire de "dur à cuire", de "meneur", de "rebelle". Bref, il agace parce qu'il ne cède pas tout en étant parfaitement courtois et respectueux du règlement, parce qu'il refuse de reconnaître des faits qu'il n'a pas commis et s'élève contre l'injustice du sort qui lui est fait, parce qu'il ne s'amende ni ne se désespère, parce qu'il demande que l'on respecte l'homme et ses droits, parce qu'il ne joue pas le jeu. Il s'est dressé contre les QHS en leur temps, l'homme dérange.

C'est pourquoi Philippe El Shennawy est classé détenu particulièrement signalé, fiché au grand banditisme et maintenu en quartier de haute sécurité ou en quartier de sécurité renforcée.Ces étiquettes pour préjudiciables qu'elles soient au justiciable El Shennawy n'empêcheront pas le Ministère de l'Intérieur, en 1987, lors de la mutinerie de St Maur, par la voix du GIPN, de le solliciter. C'est ainsi qu'il évitera que les sept surveillants pris en otages par les mutins ne soient tués et qu'il permettra une reddition sans effusion de sang. El Shennawy sera cependant transféré à la Centrale de Clairvaux où il sera maintenu à l'isolement comme mutin.

La grande trique
 
Il aura été transféré dix fois, lorsqu'en 1990, il se voit accorder une mesure de libération conditionnelle, sa fin de peine étant fixée en 2006. Il doit rejoindre sa famille, son fils et son épouse vivant tous deux à Créteil et occuper un emploi dans la région parisienne, c'est l'espoir du retour à une vie normale pour Philippe qui est alors âgé de 36 ans. Suite à sa condamnation par la Cour d'assises de Paris, Philippe El Shennawy était interdit de séjour en région parisienne. Le Juge avait levé cette interdiction au regard du sérieux du projet de réinsertion présenté.

Toutefois, la pression policière amènera le Juge de l'application des peines à revenir sur les conditions de cette mesure d'aménagement de peine et de l'assortir d'une interdiction de séjour plus coercitive encore, appelée vulgairement la grande trique ; Philippe doit abandonner son emploi et rejoindre la Corse où ses projets ne peuvent pas trouver écho et où il vivra séparé de son fils. C'est cette même incapacité de la police de tourner les pages qui mènera, à partir de novembre 1991, à l'inculpation de Philippe El Shennawy dans diverses affaires au motif qu'il est en lien avec le milieu ; il est inculpé et placé en détention provisoire par un juge de Paris et un juge de Limoges qui le remettront vite en liberté ; les faits très graves qui lui sont reprochés seront pratiquement entièrement abandonnés en fin d'instruction puisqu'il comparaîtra finalement pour association de malfaiteurs et recel.

Les enquêtes diligentées amèneront toutefois le juge de l'application des peines à constater qu'il a violé l'interdiction de séjour qui lui était faite et dont il avait demandé en vain qu'elle soit temporairement levée. Le 29 juin 1992, le Ministre de la Justice révoque entièrement la mesure de libération conditionnelle accordée au motif d'une "inconduite notoire" motivée par la violation de cette interdiction de séjour en région parisienne, c'est une peine de 15 ans et 17 jours qui reste à exécuter pour Philippe El Shennawy. Cette sanction disproportionnée au regard de l'obligation non respectée est prise par le pouvoir politique, sans débat, sans que s'exerce les droits de la défense, ce que la Cour européenne des droits de l'homme sanctionnera bien des années plus tard imposant à la France de rendre au judiciaire ce que le politique s'attribue arbitrairement.

Tourisme carcéral

Mais c'est trop tard pour Philippe El Shennawy, son avenir commencera dans 15 ans. Finalement condamné pour de simples délits, à 4 et 2 ans d'emprisonnement qui s'exécuteront en confusion, il bénéficiait de permissions de sortir dès le mois de décembre 1994 en prévision de l'examen d'une nouvelle mesure de libération conditionnelle. Philippe El Shennawy devait accéder rapidement à cette mesure, les gages de sa réinsertion et les conditions de sa libération étant favorables, quand Monsieur Lavigerie, juge d'instruction à Châteauroux qui l'avait inculpé par lettre recommandée pour des faits de complicité d'évasion le 13 mai 1993, le plaçait sous mandat de dépôt le 24 janvier 1995 pour les mêmes raisons qui avaient amenée la commission de l'application des peines à lui accorder ses permissions de sortir : le détenu El Shennawy était apte à être libéré prochainement. Peut-être parce qu'il a beaucoup de soutien dans le ressort de la maison d'arrêt de Fleury Mérogis, Philippe El Shennawy reprendra son tourisme carcéral.

Depuis son arrestation en 1991 c'est cinq transfèrements administratifs dont il a fait l'objet et de janvier 1995 à janvier 1997, il sera à nouveau transféré à quatre reprises. Pourtant, quand il demande son transfert à Bapaume pour se rapprocher de l'employeur qui lui propose un emploi, cette même administration qui le balluchonne pour un oui ou pour un non trainera des pieds pour prendre cette mesure et il faudra à Philippe El Shennawy attendre l'arrivée d'une juge d'instruction très déterminée à faire bien son travail pour obtenir en août 1996 le non lieu qu'il attendait dans l'affaire de Châteauroux. Il faut dire qu'à l'époque le Procureur de la république de Châteauroux aura du mal à prendre ses réquisitions de non lieu et une fois le délai pour ce faire expiré qu'il sera parti en vacances avec le dossier du juge, empêchant qu'une décision par trop favorable ne soit pas trop vite rendue au profit du libérable Philippe El Shennawy. A quelques mois d'une possible libération conditionnelle, El Shennawy arrive à Bapaume en janvier 1997 où le juge de l'application des peines lui refusera d'abord toute permission de sortir puis révoquera ses remises de peine pour revenir sur ses décisions quelques mois plus tard, mais à nouveau trop tard.

Isolation sensorielle

Lors d'une permission pour rencontrer son employeur, Philippe El Shennawy apprend que l'emploi promis n'a pas pu être retenu. Au même moment toute lueur d'espoir pour une prochaine sortie semble compromise et pour la première fois Martine, sa femme, baisse les bras. Lorsqu'en juin 1997, El Shennawy bénéficiera d'une nouvelle permission de sortir, il n'aura pas le cœur de réintégrer le CD de Bapaume et de retourner vers ce quotidien de l'attente arbitraire du bon vouloir des juges et de l'administration. Philippe El Shennawy est dès lors en situation d'évasion.

Le 23 octobre 1997, Philippe El Shennawy sera arrêté à Bordeaux et réincarcéré à Gradignan puis à Poitiers dès novembre 1997.
Placé à l'isolement dans une prison qui est en travaux et qui ne peut recevoir décemment un détenu particulièrement surveillé, Philippe El Shennawy va passer quatre mois seul dans l'aile désaffectée de la maison d'arrêt de Poitiers avec pour cour de promenade un rectangle muré de trois mètres sur huit, en isolation sensorielle, privé de contact avec les autres détenus, sans ses effets personnels, ni les moyens de sa défense. Il y fera la connaissance du Juge Faucher, sensible aux conditions de détention particulièrement éprouvantes subies par EEl Shennawy et prêt à soutenir une demande de radiation du fichier DPS, espoir pour le détenu de réintégrer la détention normale et d'être traité dignement.

Le transfert vers la Maison d'arrêt de Fleury Mérogis réduira à nouveau cet espoir à néant. Il est à placé à l'isolement total, privé de sa machine à écrire. Rapidement, El Shennawy soupçonnera l'administration pénitentiaire de rendre sciemment sa détention intolérable et dira qu'une substance est introduite dans sa nourriture. Il refusera de s'alimenter autrement que par des produits emballés et sera rapidement taxé de malade psychiatrique. Il dénonce le sort qu'on lui réserve, son courrier lu ou indûment retardé sinon subtilisé, ses effets personnels perdus ou égarés volontairement, ses demandes traitées avec lenteur sinon mauvaise volonté, sa nourriture intoxiquée, le choix de l'affecter dans une cellule insalubre et sans chauffage, autant de vexations qui rendent sa détention insupportable.

Psychose carcérale

Rien ne semble pouvoir le faire taire alors on s'en prend à sa crédibilité, l'homme est qualifié de fou, de paranoïaque et l'on dit de lui qu'il souffre de psychose carcérale. Son placement à l'unité des malades difficiles de Villejuif sur arrêté préfectoral sera levé quelques jours en juin puis en décembre 1998, périodes durant lesquelles il réintégrera la Maison d'arrêt de Fleury Mérogis toujours à l'isolement et dans les mêmes conditions matérielles. En janvier 2000, il sera apte à comparaître devant la Cour d'assises de Toulouse pour fausse monnaie et sera condamné à huit années d'emprisonnement ; la Cour d'assises d'agen qui le rejugera après cassation le condamnera à une peine de cinq ans. En décembre 2000, le Tribunal correctionnel de Bordeaux lui infligera une condamnation de quatre ans pour des faits commis en 1997.

En juillet 2002, après plusieurs transferts et périodes d'internement psychiatriques, Philippe El Shennawy sera transféré à l'unité des malades difficiles de Montfavet, où le traitement médicamenteux dont il fera l'objet altère passablement l'état de sa santé mentale et physique. Avant que ne le brise totalement l'étiquette de fou qu'il rejette, il s'évade le 7 mars 2004. Il sera arrêté le 15 février 2005 tandis que reprendront le tourisme carcéral, avec huit transferts en sept mois, les difficultés de communication avec l'extérieur, la non restitution de ses affaires personnelles et notamment de ses dossiers, le retard dans la fourniture de l'ordinateur qu'il achète, et l'isolement, toujours, dont il fait l'objet.

Une ligne de défense caricaturée

En mai 2006 la Cour d'assises de Rouen le condamne à dix ans pour des faits de vol à main armée commis durant sa cavale en 1997, en avril 2008 la Cour d'assises de Paul le condamne à treize ans pour un vol à main armée commis durant sa cavale de 2004. Ce sont au total 34 années de prison supplémentaires que Philippe El Shennawy devrait exécuter alors pour des faits commis en concours durant ses périodes d'évasion. Le procès d'Avignon, celui de son évasion de l'UMD de Montfavet, sera l'occasion de réhabiliter l'homme qu'il est. La parole de ses victimes, l'enfermement psychiatrique qu'il dénonce, l'injustice qui lui est faite seront reconnus par les jurés qui le condamneront à la peine de deux ans d'emprisonnement. Mais le Parquet d'Avignon, mécontent d'une décision de clémence qui jette l'opprobre sur le système carcéral et pose la question des longues peines de même que celle des conditions de vie des détenus, interjette appel de la décision.

Et c'est une peine de 16 ans de réclusion que prononcera la Cour d'assises de Nîmes sous la Présidence du Président Bestagno qui veillera à ce que durant ce procès les victimes d'El Shennawy ne puissent être entendues dans l'humanité qu'elles lui témoignent, à ce que les témoins de l'inhumanité de sa détention depuis 1977 ne puissent faire entendre leur voix, à ce que sa ligne de défense soit caricaturée jusqu'à l'extrême. Cinquante années de peine à exécuter, voilà ce qui attend Philippe El Shennawy en 2008, lesquelles s'ajoutent au reliquat des peines anciennes. Rien n'a changé pour lui aujourd'hui, quatre ans plus tard, sa fin de peine interviendra dans 20 années.

Aléa judiciaire

Ses détracteurs ne manqueront pas de souligner que Philippe El Shennawy est un multirécidiviste auquel la justice a déjà accordé sa chance et qui ne l'a pas saisie. Ils ne manqueront pas de considérer que la peine doit amender l'homme et qu'il reste dangereux pour la société s'il ne sait exprimé son remords, ils diront que les faits pour lesquels il a été condamné étaient particulièrement graves et ont fait des victimes, qu'il est normal de payer de sa liberté la transgression des règles de notre société et qu'une grâce exposerait la société à la réitération de faits graves sans garantie.
          
A ceux-ci je répondrai d'abord que Philippe El Shennawy n'a jamais demandé ni obtenu une mesure ou un aménagement qui ne fut pas prévu par notre Code de procédure pénale. Mais là où le système joue à 100% au profit de certains, force est de constater que l'aléa judiciaire, la marge d'appréciation et la souveraine appréciation a toujours été défavorable à Philippe El Shennawy en dépit des rapports et soutiens qu'il avait obtenus. Ainsi, l'instruction et le jugement simultané de plusieurs faits commis dans un même laps de temps qui devrait être la règle, ne lui fut jamais appliqué entraînant sa comparution à répétition devant diverses juridictions parfois de nombreuses années après.

De même, la confusion des peines en concours commises à la suite d'une évasion, tout particulièrement lorsque le maximum légal n'est jamais prononcé, aurait dû pouvoir s'appliquer à celui qui n'a pas tué. Philippe El Shennawy a vu cette demande partiellement rejetée au seul regard de son passé judiciaire et en ignorant son âge, la promesse d'embauche dont il bénéficiait, les gages de sa réinsertion et sa personnalité. Je leur dirai ensuite que le remords et l'amendement sont des notions morales qui n'ont aucun rôle à jouer dans le monde judiciaire et qu'il est douteux qu'un homme innocent des faits dont on l'accusât et pour lesquels il fut lourdement condamné puisse faire amende honorable alors qu'il a perdu de nombreuses années à s'élever contre un système qui ne veut pas l'entendre.

Un cadeau empoisonné

Je leur dirai aussi que Philippe El Shennawy n'est pas un récidiviste même si son casier judiciaire semble démontrer le contraire car les faits qu'il a pu commettre au cours de ses cavales ne sont pas ceux d'un homme ayant retrouvé sa place dans la société mais ceux d'un homme traqué, motivé par la nécessité alimentaire. Il y a plus de 20 ans que Philippe El Shennawy n'a pas été libre de réintégrer le monde des hommes, cette chance qui lui avait été accordé en 1990 était un cadeau empoisonné. Ce qu'on lui a donné d'une main on l'a repris de l'autre, l'iniquité d'une décision de nature policière a fait son œuvre.

Je leur dirai également que Philippe El Shennawy est aujourd'hui âgé de 59 ans et qu'après tant d'années il n'est plus le même. Que sa dangerosité a été écartée par les psychiatres, qu'il a étudié en prison et mis à profit ses longues années derrière les barreaux pour trouver sa voie professionnelle, personnelle et spirituelle. Que s'ils veulent croire que les années déjà effectuées n'ont pas fait leur office alors comment imaginer qu'y ajouter des décennies encore y changera quelque chose. Que dans ce cas il faut dire les choses et avouer qu'il existe en France une peine de mort qui ne dit pas son nom et que Philippe El Shennawy veut qu'en tout état de cause cesse l'hypocrisie à son endroit.

Je leur dirai que penser aux victimes est une obligation morale mais qu'il a été démontré que ni la lourdeur de la peine, ni la durée d'incarcération n'ont malheureusement d'effet sur leurs souffrances et que nombreuses sont celles qui préfèrent que l'homme qui sort à l'issue du temps de la sanction soit à même de ne plus créer de victime plutôt que de voir élargi un homme déshumanisé et donc potentiellement dangereux.

Créer l'avenir

Enfin, je dirai à tous que la prison a pour vocation de priver l'homme de sa liberté d'aller et venir mais de rien d'autre. Qu'il n'existe pas de prisons quatre étoiles où les détenus se prélassent aux frais du contribuable. Que si la prison est un monde que le citoyen veut ignorer, il est le passage obligatoire pour ceux qui, pour une raison ou pour une autre ont transgressé les règles ou ont été condamnés pour cela, que ces condamnés ont à terme vocation à réintégrer notre société même lorsqu'ils ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Que dès lors il convient d'espérer que le système carcéral ne soit pas lui-même une usine à délinquant mais un monde où l'homme à une chance de le rester.

En outre, l'homme en prison est soumis à de nombreuses contraintes écrites ou pas, à l'arbitraire de l'administration qui sait se montrer intransigeante ou injuste, que sa vie ne lui appartient plus et qu'il est infantilisé voire déresponsabilisé dans nos geôles. Que si Philippe El Shennawy a su rester humain, digne et sensé après tant d'années c'est que son combat était juste et son esprit exceptionnellement clair. Sa force morale et mentale ont pu déplaire à certains mais il a convaincu de nombreuses personnalités du monde judiciaire, pénitentiaire ou d’autres milieux qui ont vu en lui ce qu'il est et n'ont pas projeté sur lui un fantasme.

L'avocat Général Bilger, lors du procès de François Besse, citant Paul Valéry avait dit "La fonction la plus élémentaire de l'être humain est de créer de l'avenir" et d'ajouter "C'est ce que je vous souhaite Monsieur Besse, à vous et à tous les détenus". C'est son avenir qu'il faut rendre à Philippe El Shennawy.

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