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Ma contre-vérité sur le vaccin Gardasil

Publiée le 16/09/2014 |
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Révélée par OUAFIK Maxence |
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Ma réponse à l’article de Nicole Delépine intitulé « Cancer du col : le vaccin Gardasil, prochain scandale sanitaire ? ».
Suite à la tribune de Nicole Delépine, je souhaitais prendre part à la discussion sur le cancer du col utérin, afin de rétablir certains faits. Mon intention est de répondre à cet article de manière scientifique, selon les informations les plus récentes. Les accusations d'ordre politique ou économique ne seront pas envisagées.
 
Selon Nicole Delépine, le cancer du col utérin ne constituerait plus un problème de santé publique. Voilà une idée que je trouve assez surprenante sachant que près de 3 000 femmes sont atteintes chaque année de ce cancer. Il représente ainsi le dixième cancer le plus fréquent chez la femme chez nous (1) et le deuxième au niveau mondial. Même si sa fréquence et sa mortalité diminuent d'année en année, ne plus le considérer comme un problème de santé publique est, au mieux, déraisonnable.
 
Sur la fréquence du papillomavirus humain
 
Rappelons, dans le cadre du débat, que le papillomavirus humain (HPV) représente la première source d'infection sexuellement transmissible. On se demande ce qu'il faudrait de plus pour que ce soit un problème de santé publique ! D'après le CDC (Center for Disease Control, le Centre de Contrôle des Maladies), une femme sur deux risque d'être contaminée un jour par le HPV.
 
Le virus existe en plusieurs souches classées par numéro selon leur découverte chronologique. Chaque souche possède ses préférences au niveau de la zone attaquée ainsi que des niveaux de dangerosité différents. Les souches couvertes par le Gardasil sont les souches 6, 11, 16 et 18. Parmi ces souches couvertes par le vaccin, les souches 16 et 18 sont cancérigènes. Nicole Delépine argue que ces souches sont peu présentes en Europe occidentale, et donc en France. D'après une analyse sur les cinq continents ayant regroupé plus d’un million de femmes, cette affirmation est fausse. En effet, en Europe occidentale (2) :
  • le HPV-16 est la souche la plus courante, avec 4,8% de personnes infectées ;
  • le HPV-31, non couvert par le Gardasil, arrive en deuxième position, avec 2,3% ;
  • ils sont suivis du HPV-18, avec 0,9%.
Vu les risques précédemment cités et la fréquence de ces virus, le Gardasil semble une mesure intéressante pour endiguer cette véritable épidémie silencieuse.
 
Sur le lien entre virus et cancer du col de l’utérus
 
Le papillomavirus peut-il provoquer des cancers ? L'affirmation de Nicole Delépine selon laquelle il n'y aurait pas de lien de causalité direct démontré entre infection au HPV et cancer du col utérin relèverait presque du négationnisme médical. L'association est largement démontrée et la physiopathologie, c'est-à-dire le fonctionnement de la maladie, est claire (3).
 
Les premières pistes montrant un lien entre le cancer du col de l'utérus et le HPV datent d'il y a plus de vingt ans. Dans les années 90, des études épidémiologiques (l'épidémiologie est l'étude statistique des facteurs influençant les maladies ainsi que leur fréquence, leur répartition, etc.) ont montré une association entre infection par le papillomavirus et cancer du col de l'utérus : elles se sont consacrées à suivre l'état de santé de femmes atteintes par le HPV pour voir si elles développeraient ou non un cancer du col de l'utérus. La réponse fut positive. Un grand nombre d'études menées aux quatre coins du globe ont depuis confirmées cela, si bien que, depuis les années 2000, le lien entre cancer du col de l'utérus et HPV est établi au-delà de tout doute raisonnable.
 
Mais revenons un peu sur ces preuves. Pour que l'on puisse démontrer qu'un facteur de risque – le HPV dans le cas présent – possède un lien de cause à effet avec une maladie – le cancer du col de l'utérus – plusieurs critères doivent être respectés et l'ont été de manière très claire :

o La force de l'association est impressionnante, avec un Odds Ratio de 83,3. L'Odds Ratio (OR) permet d'évaluer la fréquence d’une maladie entre les gens qui ne sont pas exposés à un facteur de risque et les gens qui y sont exposés. Il peut affecter plusieurs valeurs :
  • un OR de 1 montre une indépendance entre le facteur de risque suspecté et la maladie. Autrement dit, si l'OR avait été de 1 pour notre cas, il n'y aurait pas eu plus ou moins de chance d'avoir le cancer du col de l'utérus en étant infectée par le HPV, les deux événements n'auraient eu aucun lien ;
  • un OR supérieur à 1 montre un risque plus élevé d'avoir la maladie quand on est exposé au facteur de risque. Plus le chiffre est grand et plus le risque est élevé. 83,3, c'est énorme ;
  • un OR inférieur à 1 montre un risque plus faible d'avoir la maladie quand on est exposé au facteur de « risque » (qui serait plus un facteur de protection dans ce cas). Plus il est proche de 0 et plus la protection serait grande.
o L'association observée dans ce cas est l'une des plus fortes observées pour un cancer : l'association est très constante, confirmée par des dizaines d'études et jamais remise en question par une étude sérieuse ;
  • l'association est temporelle : les infections au HPV précèdent les lésions de plusieurs années ;
  • le gradient biologique pourrait être évalué selon la charge virale (le nombre de virus présents dans l'infection) mais ces techniques d'exploration de la charge virale en sont encore à leurs balbutiements ;
  • l'association est plausible et cohérente avec ce que l'on connaît de la médecine et de la biologie. Nous connaissons certains gènes du HPV pouvant entraîner l'apparition d'un cancer à cause de modifications dans notre propre génome. Ces explications dépassent toutefois le cadre de cet exposé ;
  • les preuves expérimentales pourraient justement être apportées par le Gardasil, si une diminution des cas de cancers apparaissait dans les années à venir.

En conclusion, il n'y a pas le moindre doute sur le fait que le HPV cause des cancers du col de l'utérus. Pour aller plus loin, nous invitons les lecteurs curieux et anglophones à consulter la référence numéro (3).

Sur l’efficacité du vaccin
 
Au contraire de ce qu'affirme Nicole Delépine, le Gardasil a fait ses preuves : 99,5% de réponse pour les quatre souches contre lesquelles il protège, et ce durant au moins cinq ans (4). Il protège donc bien contre le papillomavirus humain, principale source du cancer cervical. Même la revue Prescrire, totalement indépendante de toute influence des firmes pharmaceutiques, et connue pour ses avis souvent assassins sur de nombreux médicaments approuve l'emploi du Gardasil.
 
Là où Nicole Delépine a raison, c'est qu'il faudra des années avant de constater une diminution de l'incidence de ce cancer. En revanche, son efficacité dans la prévention de sa principale cause est démontrée. Pour bien se situer les faits, faisons une petite comparaison imagée en remplaçant le HPV par la cigarette et le cancer du col utérin par le cancer du poumon : le vaccin empêche 99,5% des gens vaccinés de fumer. Même s'il est encore trop tôt pour savoir si une diminution du cancer du poumon aura lieu, il est difficile de penser que cela ne sera pas le cas
 
Je suis entièrement d'accord avec Nicole Delépine sur un point : rien ne remplacera les frottis dans l'immédiat. Même après une vaccination au Gardasil, les frottis restent une précaution indispensable pour toute femme sexuellement active. Aucun vaccin ne peut protéger à 100% et l'efficacité du Gardasil n'est maximale que si la jeune fille n'a pas été exposée au HPV auparavant. Par conséquent, le Gardasil ne pourra pas remplacer les frottis -et là n'est pas sa vocation. 
 
Les autres résultats du Gardasil
 
En revanche, là où Mme Delépine, selon moi, se trompe, c'est qu'elle ne prend en considération que la prévention du cancer du col utérin comme intérêt de la vaccination au Gardasil. Or, même si cela est son indication primaire – et qu'on s'y réfère d'ailleurs comme étant le « vaccin contre le cancer du col utérin » – d'autres maladies peuvent être prévenues :
  • les verrues vulvaires et anales ;
  • les papillomes laryngés, des tumeurs bénignes survenant au larynx ;
  • les cancers de l'anus, du pénis, de la bouche, du larynx, de la vulve et du vagin.
 
Le Gardasil est actif contre les souches 6, 11, 16 et 18 du papillomavirus humain (HPV). Même si cela n'englobe pas toutes les souches, les souches 16 et 18 sont les plus susceptibles de provoquer le cancer du col utérin, entre autres cancers. En effet, ces souches sont responsables de 70% des cancers génitaux et anaux dus au HPV. Et les souches 6 et 11, vous demandez-vous ? Elles provoquent 90% des verrues génitales dues au HPV. Il semblerait également, bien que cela demande encore confirmation, que le HPV soit responsable de 40% des cancers de la vulve, du vagin et du pénis ainsi que de 12% des cancers oraux et pharyngés (5).
 
Sur le prix du vaccin
 
Le coût de ce vaccin est de 123 euros par dose. Entre deux et trois doses sont nécessaires, selon l'âge de l'enfant, ce qui donne 246 à 369 euros pour vacciner son enfant. Sachant que le vaccin est pris en charge à hauteur de 65% par l'Assurance Maladie et à hauteur de 100% pour les titulaires d'une carte CMU. En conclusion, le coût total de la vaccination s'élève entre 0 et 130 euros à payer en trois fois ou entre 0 et 86 euros à payer en deux fois.
 
Sur les effets secondaires
 
Le vaccin du Gardasil est-il sûr ? La réponse est oui. L'argument de l'aluminium est récurrent chez les anti-vaccinations, malheureusement pour eux, aucun fait scientifique n'a encore réussi à démontrer clairement une dangerosité de l'emploi de l'aluminium comme adjuvant.
 
Lors l’approbation du vaccin par la FDA (Food and Drug Administration), plus de 20 000 femmes ont été sollicitées. Les seuls effets secondaires remarqués furent les suivants (6) :
  • fièvre : 13% pour les vaccinées VS 11,2% pour le placebo ;
  • nausées : 6,7% pour les vaccinées VS 6,5% pour le placebo ;
  • réactions au niveau du site de l'injection : 2,2% pour les vaccinées VS 0,9% pour le placebo.
Par la suite, comme c'est l'usage, la sécurité du vaccin a été évaluée après sa mise sur le marché. Les seules affections plus fréquentes chez les vaccinées par rapport à la population générale furent les thromboses veineuses profondes et les syncopes (7). Les affections graves qu'on lui reproche (mort, Guillain-Baré, myélite transverse, troubles auto-immuns, etc.) n'étaient pas plus nombreuses que pour la population générale. Ces données ont également été confirmées par Prescrire, dont nous rappelons l'indépendance et la sévérité.
 
Les plaintes de patientes et les indemnités versées ne peuvent constituer une quelconque preuve. Imputer une maladie telle que le Guillain-Baré à la vaccination au Gardasil est une erreur logique, un sophisme appelé « Post hoc ergo propter hoc ». Cette expression latine signifie « à la suite de cela et donc à cause de cela » et consiste à dire qu'un évènement est la conséquence d'un autre simplement parce qu'il est arrivé après. Si une jeune fille se faisait renverser par une voiture une semaine après s'être fait vacciner avec le Gardasil, pourrions-nous dire que c'est à cause du vaccin ? Non, évidemment. Et c'est la même chose pour le Gardasil, même si la frilosité de certains organismes, voire de la justice, a pu pousser à des indemnités abusives voire à des suspensions des recommandations officielles comme au Japon. Soyons clair, ces réactions ne sont pas étayées par des preuves scientifiques et démontrent juste d'une réaction de panique qui, bien que compréhensible, n'est pas justifiée. Il est facile de verser dans la peur lorsque sa santé ou celle de nos proches, a fortiori nos enfants, est en jeu. Et il serait absurde d'arrêter de surveiller de près ce vaccin. Toutefois, à l'heure actuelle, aucun élément scientifique ne vient impacter l'effiacité ou la sécurité du Gardasil.
 
Des premières données encourageantes
 
Les arguments de Nicole Delépine sur la sécurité et l'efficacité du Gardasil sont contredits par les données les plus récentes de la science. Ceux expliquant que le cancer du col utérin n'est pas un problème de santé publique, ou que le HPV n'est pas clairement sa cause principale sont erronés. Le Gardasil est un nouveau vaccin, et comme tout ce qui est neuf et qui touche à la santé, il fait peur. La vigilance est de mise, aussi bien pour l'évaluation à long terme de son efficacité que pour celle de sa sécurité. Les premières données sont très encourageantes, quoiqu'en disent les détracteurs de ce vaccin. Aux dernières nouvelles, ce vaccin est sûr et efficace, comme de nombreuses études en témoignent. Il est du devoir des chercheurs de s'assurer que cette sécurité et cette efficacité ne sont pas des mirages.
 
En attendant, il faut se rappeler que 3 000 femmes supplémentaires sont atteintes de ce cancer chaque année en France, et que même si ce chiffre diminue et que la survie s'améliore, vivre avec un cancer n'est jamais facile. C'est pourquoi il est important de tout faire pour lutter contre ce cancer afin de réduire sa fréquence à peau de chagrin. Le Gardasil est-il la solution miracle à toute épreuve ? Non. Mais j'ai la conviction – étayée par de nombreuses études – qu'il s'agit d'un outil important pour nous aider à lutter contre le cancer.
 
 


(1)   has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2013-08/referentieleps_format2clic_kc_col_uterus_2013-30-08__vf_mel.pdf
(2)   Bruni, L., Diaz, M., Castellsagué, X., Ferrer, E., Bosch, F. X., & de Sanjosé, S. (2010). Cervical human papillomavirus prevalence in 5 continents: meta-analysis of 1 million women with normal cytological findings. The Journal of Infectious Diseases, 202(12), 1789–1799.
(3)   Bosch, F. X., Lorincz, A., Muñoz, N., Meijer, C. J. L. M., & Shah, K. V. (2002). The causal relation between human papillomavirus and cervical cancer. Journal of Clinical Pathology, 55(4), 244–65. Retrieved from pubmedcentral.nih.gov/articlerender.fcgi?
(4)   Villa, L. L., Costa, R. L. R., Petta, C. A., Andrade, R. P., Paavonen, J., Iversen, O.-E., … Barr, E. (2006). High sustained efficacy of a prophylactic quadrivalent human papillomavirus types 6/11/16/18 L1 virus-like particle vaccine through 5 years of follow-up. British Journal of Cancer, 95(11), 1459–66. doi:10.1038/sj.bjc.6603469artid=1769629&tool=pmcentrez&rendertype=abstract
(5)   cdc.gov/vaccines/pubs/pinkbook/hpv.html#hpv
(6)   fda.gov/BiologicsBloodVaccines/Vaccines/ApprovedProducts/ucm111273.htm
(7)   Slade, B. A., Leidel, L., Vellozzi, C., Woo, E. J., Hua, W., Sutherland, A., … Iskander, J. (2009). Postlicensure safety surveillance for quadrivalent human papillomavirus recombinant vaccine. JAMA : The Journal of the American Medical Association, 302(7), 750–7. doi:10.1001/jama.2009.1201
Mots-clés : Gardasil,hpv,col,souches

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OUAFIK Maxence

Etudiant en médecine, je cherche à promouvoir une information médicale neutre et de qualité. Mon objectif est de communiquer l'information le plus simplement possible sans transiger sur l'exactitude du contenu. Ne recevant de subvention de personne et n'étant pas affilié à un quelconque organ...
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