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Synagogue de la Roquette : « Le but est de nous faire taire sur Gaza »

Publiée le 16/07/2014 |
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Révélée par SIBONY Michèle |
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Pour Michèle Sibony, les affrontements rue de la Roquette ont été provoqués pour décrédibiliser les mouvements de soutien au peuple palestinien.
Dimanche à Paris, la rue de la Roquette a été le théâtre d’affrontements violents entre militants pro-palestiniens et pro-israéliens. Intervenant en marge d’une manifestation de soutien au peuple palestinien et aux abords de deux synagogues, ils ont rapidement été taxés d’antisémitisme. Pourtant, depuis trois jours, les témoignages se multiplient pour dénoncer l’attitude provocatrice de la Ligue de Défense Juive (LDJ) à l’égard des manifestants.
 
Michèle Sibony est membre de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) et a participé à la manifestation. Pour elle, les membres de la LDJ ont provoqué les affrontements dans un but : ne pas parler de Gaza.
 
Comment s’est passé la manifestation de dimanche ?
 
Cette manifestation a été appelée par un large collectif d’associations. Elle était organisée en solidarité avec le peuple palestinien et la population de Gaza qui subissent les attaques que nous connaissons. Elle s’est passée d’une manière enthousiasmante : c’était une très belle manifestation, avec beaucoup de force, de détermination et une clarté qui était évidente. Evidemment, c’était ce qu’il fallait bousiller, et tout de suite.
 
Nous étions 15 000 je pense (30 000 d’après les organisateurs, 8 000 d’après la police). Mais il suffit d’être deux pour foutre en l’air une manifestation. Là ils étaient dix et, contre 30 000, c’est évident et c’est normal que la police protège les dix. Ils ont interpelé la foule avec des slogans comme « Pas d’arabe, pas d’attentat » et lancé des fumigènes sur eux. Dans les cortèges, des personnes faisaient tout pour calmer ceux que ça mettait hors d’eux. Parce que ça gratte sur des blessures, celles de la haine et de l’islamophobie.
 
Avez-vous vu des membres de la Ligue de Défense Juive (LDJ) pendant la manifestation ?
 
Juste avant d’arriver sur la place, la personne qui m’accompagnait a désigné des personnes comme étant de la LDJ. Ils avaient des capuches, étaient au téléphone et sortaient du cortège. On m’a dit : « Ceux-là, c’est de la LDJ. Ils sont en train de les attirer. » Puis ils se sont mis à courir vers la Roquette et ont drainé des gens derrière eux.
 
Personnellement, je ne les repère pas. Mais on les a déjà vu faire et ils travaillent comme ça : ils sont au téléphone, ils communiquent depuis les cortèges. Les uns dehors en train d’attendre, les uns dedans à transmettre les informations.
 
Quelle est votre conviction sur les événements qui ont eu lieu rue de la Roquette ?
 
C’est un piège organisé. Aujourd’hui, on a les vidéos, les captures d’écrans et tous les témoignages qu’il faut pour le démontrer. Le parcours de la manifestation était connu depuis quelques jours : on savait qu’on partait de Barbès pour aller jusqu’à la Bastille.
 
Après coup, on a retrouvé des captures d’écran de Facebook et de Twitter de la LDJ et d’autres groupes d’extrême droite pour un rassemblement devant la synagogue de la rue de la Roquette. Mais pas un rassemblement « de tous les juifs, pour prier dans la paix ». Sur le site de la LDJ, le rassemblement était annoncé sous le titre « Keep calm and kill Hamas ». La synagogue de la Roquette a d’abord été utilisée comme un bastion d’extrême droite.
 
On entretient une haine qui fait tout converger vers une seule version des choses et qui est la pire des versions : celle qui dit que les juifs et les arabes se haïssent, comme si c’était génétique. Et ça aboutit à quelque chose de dramatique, qu’on est d’ailleurs en train de faire : on ne parle pas de Gaza.
 
Tout ça, c’est une diversion. Aujourd’hui, l’armée a demandé à 100 000 personnes de quitter leur maison à Gaza parce qu’elle va bombarder. Ils savent bien que la bataille populaire, sur ce qui se passe à Gaza, ne peut pas être gagnée par les Israéliens. Alors ils ont appuyé sur la touche « antisémitisme ». Et ça y est, toutes les manifestations en soutien à la Palestine sont interdites ce week-end : c’était bien de ça dont il s’agissait, c’était le but. Ils n’ont pas gagné la bataille populaire, mais celle du bâillonage. Leur but, c’est de nous faire taire.
 
Que pensez-vous de la Ligue de Défense Juive ?
 
La première fois que j’ai entendu parler de la LDJ, j’étais étudiante en Israël. C’était un mouvement d’une extrême violence qui venait des Etats-Unis, où ils ont été interdits, tout comme ils sont interdits en Israël. La place qu’on leur laisse jouer ici, en France, est hallucinante : il y a eu des dizaines d’incidents, de ratonnades et de personnes envoyées à l’hôpital. Ce sont des bandes armées, dangereuses et qui travaillent main dans la main avec le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) et les organisations dites représentatives de la communauté juive : elles sont leurs milices.
 
Je parle des organisations « dites » représentatives de la communauté juive parce qu’il y a 600 000 juifs en France et qu’il serait honteux de prétendre tous les représenter. Le CRIF est un groupement d’associations, on estime son corps électoral à 6 000 personnes. Ils ne sont donc pas représentatifs de la communauté qui a différents courants et différentes opinions.
 
Mais la LDJ travaille bien en coopération avec certaines de ces organisations, elle est clairement protégée par la police et le Ministère de l’Intérieur et elle n’est jamais attaquée par le Parquet. Je me souviens de camarades de Génération Palestine qui avaient porté plainte pour coups et blessures, parce qu’ils avaient été attaqués par la LDJ. Le lendemain, on les convoquait au commissariat mais c’était eux qui étaient accusés !
 
Comment expliquer cette indulgence ?
 
Dans les années 1980, après l’attentat de la rue Copernic, un service de police spécial a été créé à la demande du CRIF : le SPCJ (Service de Protection de la Communauté Juive). Il a pour missions de recenser les actes antisémites et de protéger les lieux de culte. Et il a été vu à plusieurs reprises travailler main dans main avec la LDJ. Pour le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, il y a eu une bataille pour savoir s’il allait ouvrir le samedi : si oui, c’était un musée national, sinon, un musée religieux. Et ils ont gagné : le musée est fermé le samedi. Et si vous y allez, vous serez fouillé à l’entrée par une brigade de sécurité juive, souvent composée de membres de la LJD.
 
Ils font partie d’un système qui a décidé que la communauté juive devait avoir un statut particulier, qu’elle était victime d’un antisémitisme fruit de l’importation d’un conflit et que, donc, les coupables de cet antisémitisme étaient les musulmans. On a voulu démontrer que les juifs faisaient partie d’un certain « nous » – ce qui, au passage, est une nouveauté ! – en nous dissociant d’autres personnes, qui sont devenues les méchants. Ce statut particulier des juifs, c’est comme si on avait renoncé aux droits à l’égalité en France.
 
C’est pour ça que, sur le site de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), j’ai conclu mon article en disant que mon peuple, c’était celui de la manifestation : des arabes, des musulmans, des gens de tous les horizons ! On parle aujourd’hui de philosémitisme, le contraire de l’antisémitisme : mais nous ne voulons ni l’un ni l’autre ! Nous, dans notre association, on ne veut pas de privilèges, pas de super-protection : on veut le droit et l’égalité pour tous. Les juifs ne veulent pas être les enfants chéris de la République, à protéger à tout prix contre les arabes.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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SIBONY Michèle

Membre de l'Union Juive Française pour la Paix (UJFP)
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