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La psychiatrie moderne rend les gens normaux fous

Publiée le 17/10/2013 |
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Révélée par LANDMAN Patrick |
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En mai 2013, est parue la cinquième édition du DSM, manuel référent en matière de psychiatrie.
Patrick Landman, auteur de Tristesse Business : le scandale du DSM 5, nous explique comment cet ouvrage induit une hyper-inflation diagnostique des troubles mentaux.

Qu’est-ce que le DSM 5 ?
 
Le DSM 5 est la cinquième version du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (en français, le « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux »). Ce livre répertorie l’ensemble des maladies mentales et doit permettre de déterminer simplement qui est malade mental.
 
Quelles sont les conséquences de l’utilisation du DSM 5 ?
 
Au départ, le DSM était un ouvrage de recherche, conçu pour trouver un langage commun entre les psychiatres du monde entier et comparer les statistiques et les effets des produits pharmaceutiques. Mais, au fur et à mesure, il est devenu un manuel de référence pour le travail clinique des médecins, des psychologues et des assistances sociales. Cette dérive a impliqué une véritable inflation diagnostique. Ainsi, la première version du DSM comportait une centaines de troubles mentaux, la cinquième en répertorie 500.
 
La société est-elle devenue plus pathogène ces 50 dernières années ? Je ne pense pas. Des progrès scientifiques importants permettent-ils aujourd’hui de dépister des maladies qu’on ne connaissait pas avant ? Pour une très faible part. La véritable raison de l’inflation diagnostique des troubles mentaux se situe dans la « méthode DMS » : elle répertorie les comportements, les émotions et, à partir de là, abaisse le seuil d’entrée à partir duquel quelqu’un peut être inclus dans une pathologie.
 
Certaines pathologies sont-elles plus fréquemment diagnostiquées à cause du DSM 5 ?
 
De nombreux troubles se diagnostiquent très facilement à cause du DSM 5, le deuil en premier lieu. Depuis longtemps, dans toutes les sociétés, on considère que le deuil est un processus normal. La perte d’un être cher provoque une tristesse profonde, un ralentissement sur le plan psychomoteur, des insomnies, etc. Cet état dure un peu, le temps qu’on élabore le deuil et que la vie reprenne ses droits. Désormais, avec le DSM 5, une personne endeuillée qui a encore ces symptômes au bout de 15 jours est considérée comme déprimée. Elle peut donc éventuellement être soumise à une médication pharmaceutique.
 
Un autre trouble fréquemment diagnostiqué est le somatic syndrom disorder (que l’on peut approximativement traduire par « désordre de syndrome somatique »). Il touche les personnes atteintes d’une maladie organique importante et qui sont « trop préoccupées » par cette maladie. C’est-à-dire qu’en plus de leur trouble physique, on leur rajoute un trouble mental, qui donne lui aussi potentiellement lieu à une médication.
 
De la même façon, on dit d’une personne un peu trop gourmande qu’elle souffre d’un trouble de l’hyperphagie. Un senior de 70 ans qui perd ses clefs et oublie le nom des choses n’a plus un trouble physiologique normal dû à son âge mais un trouble neurocognitif mineur. Il est alors susceptible, au nom de la prévention de la maladie d’Alzheimer, de passer de nombreux tests et de se voir prescrire des produits inutiles.
 
Quelles sont les conséquences de cette inflation diagnostique ?
 
Les conséquences sur les patients sont multiples et la première d’entre elles est la stigmatisation. En effet, annoncer à quelqu’un qu’il a une maladie mentale ne sera jamais la même chose que de lui annoncer qu’il a une maladie organique – une fracture de l’humérus ou une maladie de l’utérus par exemple.
 
Cette inflation va aussi entraîner une surmédicalisation pharmacologique. Les médicaments sont souhaitables lorsqu’ils sont prescrits à bon escient. Mais, lorsqu’ils sont prescrits à des gens qui n’en ont pas véritablement besoin, ils peuvent entraîner des effets secondaires inutiles, parfois des effets secondaires durables (obésité, diabète, troubles métaboliques, troubles de la croissance chez l’enfant, etc.).
 
Pourquoi cette évolution du DSM ?
 
Plusieurs causes sont responsables de cette évolution. La première, c’est évidemment l’influence de l’industrie pharmaceutique. Certes, les industries pharmaceutiques n’ont pas tenu la main des auteurs du DSM 5. Mais une étude canadienne a montré que pratiquement deux tiers des gens qui avaient participé à son élaboration avaient des conflits d’intérêt avec des laboratoires pharmaceutiques. L’Association de psychiatrie a d’ailleurs fait une tentative de moralisation, sans succès.
 
Les experts ont aussi un rôle important dans cette évolution. Certains ont tendance à vouloir étendre leur champ d’expertise, de peur que les gens n’y échappent. Ils poussent donc à l’abaissement des seuils à partir desquels on détermine une pathologie.
 
Par ailleurs, on assiste aujourd’hui à une tendance d’hyper-prévention : l’idée que plus on prévient, mieux on guérit. Mais il faut éviter les abus : prévenir la tuberculose dans une école maternelle est une très bonne chose. En revanche, prévenir de futurs délinquants parce qu’ils ont des troubles de la conduite dès l’âge de trois ans pose un vrai problème éthique et entrave les libertés publiques.
 
Enfin, l’évolution de la société tend vers cette inflation diagnostique. Aujourd’hui, on a de moins en moins de place pour la souffrance psychique, de moins en moins de temps pour élaborer cette souffrance. Les gens ne supportent plus les ruptures de la vie : les deuils, mais aussi les ruptures sentimentales, professionnelles… Et ils demandent à leur médecin de les soulager.
 
Pourquoi le DSM a-t-il une telle influence sur les médecins ?
 
Aujourd’hui, 80% des psychotropes sont prescrits par des médecins généralistes qui manquent de temps et ont rarement la formation adéquate. Ils regardent alors le DSM, parce qu’il est simple et facile à utiliser (avec même des applications iPhone, iPad et Android) : c’est un système expert très simple qui permet de faire un diagnostic en quelques minutes. D’ailleurs, le guideline que la Sécurité sociale a envoyé aux médecins il y a quelques années était entièrement calqué sur le DSM.
 
Aujourd’hui, bien qu’il ne soit pas la référence légale, le DSM a pignon sur rue en France. Officiellement, la référence est la classification de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : la CIM (Classification statistique Internationale des Maladies et des problèmes de santé connexes). Pourtant, le DSM est mieux implanté : dans la recherche en psychiatrie, les publications les plus influentes sont toutes anglo-saxonnes et les anglo-saxons ne travaillent qu’avec le DSM.
 
Enfin, pour autoriser ou non la mise sur le marché d’un antidépresseur ou d’un antipsychotique, l’Agence européenne des médicaments se base sur des études dont les sujets ont tous été inclus selon les critères du DSM. Aujourd’hui, les médecins français et européens, psychiatres en particulier, prescrivent donc tous des médicaments DSM.
 
Selon vous, quelles pourraient être les conséquences d’une implantation du DSM 5 en France ?
 
Si le DSM 5 est davantage introduit en France, de nouvelles épidémies, de fausses épidémies, vont se déclarer. Dans les années à venir, je prévois en particulier une épidémie d’addictions. En effet, la qualification de l’addiction commence à changer, elle se définit pratiquement comme « quelque chose qu’on ne peut pas s’empêcher de faire ». Dans le DSM, seule l’addiction au jeu est répertoriée pour le moment, mais l’addiction à Internet et l’addiction au sexe sont à l’étude. Dans la prochaine édition, énormément de gens seront considérés comme addictifs.
 
Pourtant, les excès font partie de la vie ! Il faut rétablir la normalité : les gens la connaissent, ils ont une espèce de connaissance spontanée de la normalité. Mais aujourd’hui, le DSM brouille complètement les cartes, on ne sait plus ce qui est normal ou ce qui ne l’est pas. Dans les années 1960-1970, les antipsychiatres nous expliquaient que les fous étaient normaux. Ironiquement, aujourd’hui, c’est le DSM qui nous explique que les normaux sont fous.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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LANDMAN Patrick

Psychiatre, pédopsychiatre, juriste, président de l’association « Initiative pour une clinique du sujet : stop DSM ». Auteur du livre « Tristesse Business : le scandale du DSM 5 », paru aux édition Max Milo en 2013.
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