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Le volontourisme : quand l'humanitaire devient attraction touristique

Publiée le 01/07/2014 |
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Grâce au « tourisme humanitaire », les voyagistes vendent à leurs clients des vacances sans remords… et ils leur vendent très cher !
Problème : cette nouvelle mode a un réel impact sur l’humanitaire et le monde associatif.
 
Le terme « volontourisme », ou « tourisme humanitaire », constitue désormais un concept très en vogue dans le lexique du tourisme mondial. Il se concrétise dans une nouvelle mode, commercialisée avec succès par différents voyagistes et qui permet de répondre au désir du touriste moderne : s'offrir des vacances humanitaires et d'aventures sans être considéré comme touriste.
 
Eh oui, désormais, partir en sac à dos, expérimenter l'inconfort et surtout donner « un coup de main » aux populations locales est la nouvelle mode qui permet au touriste occidental de dépenser son argent de manière « alternative », à « impact positif » sur les pays qu'il visite et sans avoir mauvaise conscience.
 
Mais quelle est la logique et quel est le but des agences de voyages qui se lancent dans la commercialisation de l'humanitaire ? Quel est le réel impact de ces vacances qui « font du bien au moral » ?
 
La naissance du volontourisme
 
Pour nous éclaircir les idées, il suffit de faire un petit pas en arrière. Dans les années 1980, le tourisme mondial atteint son apogée en devenant « tourisme de masse ». Internet, la mondialisation des transports, les prix accessibles des billets d'avion et la hausse du bien-être occidental favorisent la mobilité des touristes. Mais la découverte de nouvelles destinations se heurte à la prise de conscience de la pauvreté dans laquelle plongent la plupart de sociétés de pays du sud. Alors, l'image classique du touriste « mimile », consommateur des « paquets confort all-inclusive » et produit de pointe de l'opportunisme économique du tourisme occidentale, se dévalorise. La prise de conscience des répercussions négatives du tourisme poussent les touristes à vouloir voyager « autrement », à « impact zéro », en contact avec les populations locales... Bref : le touriste désire ne plus apparaître comme simple touriste.
 
Pour alimenter son business, le marché touristique est donc obligé de changer sa stratégie : voici le volontourisme. Il permet aux agences de voyage de vendre du rêve à ses clients : partir comme Robinson à la découverte d'une nature sauvage ou partir pour participer à d’importantes missions de volontariat dans lesquelles le touriste visite et donne également sa contribution pour sauver le monde.
 
La misère, une attraction touristique rentable
 
Les agences de voyage, pour attirer de plus en plus de touristes et augmenter leur chiffre d'affaire, leur vendent leur part de rêve tarifé – et elles le vendent très cher ! Les nouveaux paquets « missions humanitaires » donnent la possibilité aux clients de pouvoir faire leurs vacances sans remords. Ils renversent leurs bonnes intentions dans les pays du « sud » (de préférence ceux qui ont un climat chaud avec des peuples « authentiques » et une nature « sauvage » et pourquoi pas au bord d'une plage) en s'offrant en même temps une aventure inoubliable, avec des gens « pauvres » mais tellement « sympathiques ».
 
C'est ça le volontourisme : vendre aux clients qui ressentent l'envie de faire du « tourisme alternatif » des vacances humanitaires où ils peuvent s’amuser à donner des cours de langues, à s’improviser médecin ou aide-soignant, la plupart du temps sans aucune expérience ou qualification. En gros, la misère, la pauvreté et la détresse deviennent des attractions touristiques (à vendre) et les pays les plus pauvres de la planète des énormes parcs d'attraction où les fantasmes des touristes deviennent réalité. Et où le simple fait de venir d’un pays du « Nord » vous transforme en « expert » ayant un tas de choses à leur transmettre, à leur « apprendre ».
 
Entre-temps, le voyagiste se frotte les mains car le volontourisme est extrêmement rentable. Le touriste est prêt à accepter l'inconfort car il permet de ne pas exploiter les populations locales et il constitue une partie intégrante, voire naturelle, de l'aventure ! Mais cet inconfort est payé très cher : il n'est pas rare qu'un volontouriste ait à payer entre 1 000 et 2 000 euros (voyage aller/retour non compris) pour deux semaines de « mission » à l'étranger.
 
L’invasion du secteur marchand dans le monde associatif
 
Malheureusement ce n'est pas tout. Pour élargir leur public cible et avoir encore plus de clients, ces agences de voyage se font passer pour des « organisations de volontariat » au statut obscur plutôt que pour des entreprises du secteur marchand. Ainsi, sur leur site Internet, le vocabulaire utilisé est exactement le même que celui du monde associatif, systématiquement repris pour couvrir le but lucratif de leur entreprise. Il s'agit d'une véritable « invasion » du monde marchand au sein des activités promues par le monde associatif avec une idéologie et de finalités de lucre qui détruisent les principes fondateur de ce secteur.
 
Les dérives du volontourisme frappent le monde associatif, ici comme là-bas, de plein fouet. Les revenus générés par ce tourisme humanitaire rentrent directement dans les poches des voyagistes tandis qu’une infime partie peut-être réinvestie dans les pays d'accueil. De plus, les agences imposent aux associations avec lesquelles elles travaillent un contrat d'exclusivité qui rend le monde associatif local totalement dépendant de l'envoi de « volontouristes ».
 
Les projets proposés par les entreprises sont ciblées sur les envies de volontaires plutôt que sur les besoins de sociétés locales et ils manquent de suivi, d'interlocuteurs fiables et d’activités d'évaluation. Ce manque est tout à fait logique aux yeux des voyagistes : le but premier n'est pas d'apporter une solution aux problématiques locales mais d'augmenter leur profit. Dans cette logique, rendre le problème éternel permettra toujours d'envoyer des touristes désireux de donner un « coup de main » et ainsi faire un chiffre d'affaire qui dépasse, dans certain cas, le million d'euros par an. C'est notamment le cas des orphelinats au Cambodge, où les enfants issus de familles défavorisées sont utilisés comme orphelins pour remplir les structures d'accueil où les volontouristes souhaitent réaliser leurs « vacances humanitaires ».
 
L’humanitaire, une profession qui ne s’improvise pas
 
Le volontourisme est également responsable d'une certaine déprofessionnalisation du secteur humanitaire au sens où chacun se sent en capacité d’aider. Seulement, pour aider, il ne suffit pas de faire preuve de bonne volonté : l'humanitaire constitue une véritable profession qui ne s'improvise pas. Envoyer des touristes sur le terrain pour apporter leur aide dans ce qu'ils croient être des projets humanitaires, sans aucune expérience ni compétence et sans aucune connaissance du contexte socio-politique, décrédibilise les ONG et les institutions internationales qui opèrent en tant que professionnelles de ce secteur. Pour se rendre compte de la gravité du problème il suffit de regarder dans certains pays d’Asie du Sud-Est tels que la Cambodge ou le Vietnam où les gouvernements se montrent de plus en plus méfiants face à l'installation sur leur territoire de nouvelles ONG. De plus, la concurrence entraînée par ces « projets humanitaires » entre les salariés locaux (les médecins, les professeurs, les avocats, etc.) et ces volontaires qui payent pour travailler à leur place participe d’une transformation des populations locales et du secteur associatif local en sortes de « zoos d’assistés ».
 
Ce n'est qu'une partie des conséquences de cette commercialisation du concept d'humanitaire qui permet aux agences de voyages de monter de toutes pièces des projets commerciaux, renforçant les stéréotypes des volontaires. L'entrée du secteur marchand dans celui de la solidarité internationale et du développement est un danger non négligeable, car il introduit la logique du profit dans des activités de coopération et entraide internationales déformant totalement leur finalité.
 
Se tourner vers les associations à but non lucratif
 
A la lumière de tout ce qui a été dit jusqu'à présent, nous aimerions faire un appel aux jeunes. Les agences qui font du volontourisme se dirigent de plus en plus vers un public composé de jeunes et d’étudiants ayant entre 15 et 25 ans ainsi que de retraités ayant « du temps et de l’argent ». En leur vendant du rêve, les voyagistes exposent ces jeunes au risque : la surexploitation de leur présence même au-delà de leurs compétences, leur arrivée dans des structures fragiles et sans réelles possibilités d'accueil de volontaires et donc aucun suivi, la désillusion et la destruction des rêves de ces jeunes ou de ces retraités, etc.
 
C'est pourquoi il est important de les renseigner et de les diriger vers les associations spécialisées dans la solidarité internationale et qui agissent sans aucun but lucratif (Solidarité Jeunesse, Jeunesse et Reconstruction, Service Volontaire International et la Guilde pour en donner quelques exemples). Toujours en France, les institutions de référence pour le volontariat sont l'Agence Française du Service Civique ou France Volontaire.
 
La solidarité n’est pas une marchandise ! Renseignez-vous sur l'association d’envoi et d'accueil avant de vous engager dans une expérience d’échange interculturelle afin d’éviter de vous faire arnaquer !

Le Vériteur

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Service Volontaire International

Le Service Volontaire International est une association sans but lucratif Belge et Française. Sa mission principale consiste en la préparation, l’envoi et l’accueil de jeunes volontaires dans le cadre de chantiers internationaux mis en place par des associations locales et non lucratives.
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