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Mon documentaire sur l’autisme « Le Mur » libre de diffusion

Publiée le 29/01/2014 |
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Révélée par ROBERT Sophie |
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Après deux ans de censure, mon documentaire « Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » est à nouveau autorisé à la diffusion.
Le 16 janvier, la cour d’appel de Douai a de nouveau autorisé la diffusion de mon documentaire « Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme ». Cette décision est intervenue après deux ans de censure, conséquence d’un procès intenté par trois psychanalystes qui m’ont accusée d’avoir manipulé leur discours pour rendre leurs propos ridicules et dogmatiques.
 
La psychanalyse domine encore très largement le champ de la pédopsychiatrie, et particulièrement celui de l’autisme. De nombreux parents d’enfants autistes dénoncent cette situation et privilégient les prises en charge éducatives, comportementales et développementales de l’autisme (ABA).
 
La genèse de mon projet : une enquête sur la psychanalyse
 
Au départ, mon travail n’avait rien à voir avec l’autisme, je me concentrais exclusivement sur la psychanalyse. Je voulais faire un état des lieux de la psychanalyse, de sa théorie, sa pratique et son évolution, par la bouche des psychanalystes, en réalisant un documentaire en trois volets de 90 minutes chacun. Mon approche était très large, je voulais faire un vrai panorama de la discipline en me penchant sur les différents courants, sur le travail à l’hôpital et en cabinet, etc. Pendant quatre ans, j’ai donc rencontré et interrogé 52 psychanalystes ; puis j’en ai filmé 27, pendant une à trois heures chacun. Je dispose aujourd’hui de 60 heures de rushs de ces entretiens. Le but était de leur faire résumer leurs théories, avec leurs mots à eux, mais dans un discours qui soit, pour une fois, accessible au profane.
 
Dès les premières interviews, j’ai été très choquée par ce que j’entendais – je m’attendais à réaliser un documentaire beaucoup plus nuancé ! Je savais qu’il existait des psychanalystes rétrogrades et vieux jeu dans le métier mais je pensais qu’ils étaient minoritaires. Je connaissais leur postulat sexuel de départ mais j’étais convaincue qu’ils avaient évolué par rapport à la théorie freudo-lacanienne. J’ai découvert au cours de mon enquête et au fil des interviews que l’immense majorité des psychanalystes restent très dogmatiques et rigides. Ceux qui ne le sont pas – ils sont rares – se taisent de peur d’être exclus. Paradoxalement, ce sont ces derniers qui ont été les premiers à m’alerter sur les dérives sectaires de leur mouvement, me disant qu’il fallait que leur milieu s’amende mais que le déclic devait venir de l’extérieur car eux-mêmes étaient incapables d’évoluer.
 
L’autisme pour les psychanalystes : la pire des psychoses
 
Ce sont les psychanalystes qui ont les premiers commencé à me parler de l’autisme : pour
eux, il constitue la pire des psychoses. L’autisme résulterait d’un problème relationnel. Dans tous les cas, c’est la mère qui est fautive : soit l’autisme provient d’un vœu de mort envers son enfant, soit elle est trop fusionnante et dans une position incestueuse envers lui (l’inceste fut-il sans passage à l’acte ou inconscient). Interloquée, j’ai commencé à faire des recherches et j’ai rencontré l’association « Autistes sans frontières » qui milite pour la scolarisation des enfants autistes. Ils m’ont appris que dans le secret des cabinets de consultation, les parents d’enfants autistes entendaient des propos extrêmement culpabilisants de la part de psychanalystes dont le discours officiel est complètement différent. C’est la raison pour laquelle ils ont soutenu mon travail. « Vous tombez du ciel » m’a dit Vincent Gerhards, président d’« Autistes Sans Frontières », « cela fait des années qu’on le dit, mais personne ne nous croit ».
 
Officiellement, nous devions mettre le film en ligne sur le site de l’association le 7 septembre 2011, au moment même où il serait projeté en avant-première au cinéma L’Entrepôt, à Paris. A la suite d’un bug informatique, le film a été diffusé dès le 1er septembre sur le site d’« Autistes Sans Frontières ». D’emblée, ce fut l’explosion : le film s’est répandu de blog en site sur tous les réseaux de l’autisme, comme une trainée de poudre. Les parents d’enfants autistes m’ont contactée pour m’exprimer leur soulagement, même si pour eux le film est très difficile à voir, ils allaient enfin être crus. Du matin au soir, week-end compris, j’ai été assaillie de messages et d’appels de gens qui voulaient me remercier et me raconter « la double peine » : avoir un enfant autiste dans un pays où la psychiatrie est dominée par la psychanalyse.
 
Après avoir vu mon film, beaucoup de parents ont pris la décision de retirer leur enfant des institutions psychiatro-psychanalytiques pour se tourner vers une prise en charge éducative, comportementale et développementale, quitte à s’endetter pour des années, lorsqu’ils arrivent à trouver des professionnels qualifiés en libéral, parce que c’est la seule chance pour leur enfant de progresser. En effet, à part 24 établissements en France (pour environ 400 enfants, alors que 8 000 enfants autistes naissent par an), aucun hôpital psychiatrique ne prend en charge cet accompagnement. En revanche la sécurité sociale rembourse au prix fort l’institutionnalisation à vie des autistes qualifiés de « fous ». Dans les institutions, un électrochoc s’est produit. Pendant des mois, dans les hôpitaux de jour et les institutions psychiatriques, les professionnels ont fait des réunions pour parler du Mur.
 
Accusée d’avoir réalisé un « montage tendancieux »
 
Un mois après la diffusion du « Mur », j’ai reçu un post-it jaune dans ma boîte aux lettres qui disait simplement : « Contactez Maître D…. » avec son numéro de téléphone. L’huissier est venu chez moi quelques jours après pour me lire une décision d’un magistrat du Tribunal de Grande Instance de Lille, ordonnant de saisir mes rushs – que j’avais entre temps mis en sécurité chez mon avocat. Trois des psychanalystes apparaissant dans mon documentaire – Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens, tous trois membres de l’Ecole de la Cause Freudienne, dirigée par Jacques-Alain Miller – avaient saisi le Tribunal pour préparer la censure de mon film.
 
Ils me reprochaient d’avoir réalisé un montage tendancieux qui, affirmaient-ils, rendait leurs propos ridicules et dogmatiques en escamotant des nuances de leur discours. Comme je ne voulais pas que l’on pense que j’avais quelque chose à cacher, j’ai quand même fourni à la cour les interviews des trois psychanalystes concernés utilisés dans mon film, pris dans leur contexte le plus large, soit six heures de rushs. Je suis convaincue que ces documents n’ont pas été examinés sérieusement en première instance.
 
Poursuivie pour atteinte à la réputation
 
Sur le fond, je trouve tout à fait possible d’attaquer un journaliste pour ce genre de griefs : il y a des coupes au montage qui peuvent réellement déformer les propos d’une personne et être préjudiciables. Mais j’avais les rushs pour me défendre et j’avais confiance en la justice. Il suffisait que les magistrats examinent la matière brute des interviews pour que la procédure tourne court.
 
La procédure s’est tenue en urgence, une assignation à jour fixe, le 8 décembre 2011, soit à peine un mois et demi après la réaction judiciaire des trois psychanalystes. Ce jour-là, je n’étais pas attaquée pour diffamation, mais pour atteinte à la réputation. Les conclusions des avocats des psychanalystes faisaient feu de tout bois : ils me reprochaient de ne pas être journaliste parce que je n’avais pas la carte de presse, ils ont voulu retirer leur droit à l’image et même se faire passer pour co-auteurs du film (et ainsi me reprocher de ne pas leur avoir soumis le documentaire avant sa diffusion, prétendant intervenir au montage, ce dont évidemment il n’avait jamais été question).
 
Le verdict a été rendu le 26 janvier 2012 : mon film a été censuré en l’état et moi et ma société avons été condamnées à payer 25 000 euros de dommages et intérêts aux trois plaignants, plus 9 000 euros de publications judiciaires. Plus 100 euros d’astreinte par jour tant que mon film serait visible, même s’il était diffusé sur un blog chinois ! Or ce film s’était répandu de façon virale sur le net, dans le monde entier ! A titre exceptionnel, le TGI de Lille a considéré que le jugement devait être à exécution immédiate bien que j’aie aussitôt fait appel (normalement un appel est suspensif). Pour les parents d’enfants autistes, ce verdict a été reçu comme un coup de poignard dans le dos, un déni de leur propre souffrance : ces propos stupéfiants tenus par les psychanalystes dans mon film, ils les entendent régulièrement et ceux-ci ont des conséquences très douloureuses dans la vie de plusieurs dizaines de milliers de personnes en France.
 
L’appel : une victoire partagée
 
Pour l’appel, j’ai changé d’avocat. Maître Stefan Squillaci, avocat au barreau de Lille et Maître Nicolas Benoit, spécialiste parisien du droit de la presse, ont accepté d’assurer ma défense en pro bono, pour la cause de l’autisme. Je leur en serai éternellement reconnaissante. Cette fois, nous avons fait constater les rushs par huissier. La première fois, donner des DVD à la cour avait été une erreur, elle ne les a pas regardés. A la demande de Maître Squillaci, j’ai donc fait une transcription écrite de toutes ces vidéos – au raclement de gorge près – qui a été validée par un huissier. C’est à partir de ces documents écrits que l’appel a été rendu, le 16 janvier, près de deux ans après le premier jugement.
 
Les magistrats de la troisième chambre de la cour d’appel de Douai auraient pu statuer sur la forme, mais ils ont choisi de juger sur le fond en répondant point par point au jugement de première instance et affirmant que je n’avais pas dénaturé ni ridiculisé les propos des trois psychanalystes de l’Ecole de la Cause Freudienne. Mon film n’est donc plus censuré et je suis réhabilitée en tant que réalisatrice. Les magistrats ont également reconnu que j’avais subi un préjudice qui devait obtenir réparation.
 
Le jour du jugement, ça a été le délire : ce n’était pas seulement mon procès qui était en jeu. D’une certaine façon c’était le procès de tous les parents d’enfants autistes. Cette victoire a été d’autant plus agréable que ma joie a été partagée en direct avec des centaines de familles, associations et professionnels de l’audiovisuels, éducateurs et psys sur les réseaux sociaux.
 
Deux ans et trois mois de procédure
 
Ces procédures ont eu un impact très lourd sur ma vie professionnelle – c’est traditionnellement le cas de tous les lanceurs d’alerte – un phénomène aggravé dans mon cas par le fait que ce procès et ses conséquences ont été extrêmement médiatisés. Une partie de la profession a pris au mot le jugement de première instance comme quoi j’avais triché en manipulant les rushes et m’a tourné le dos.
 
Les trois psychanalystes de l’ECF ne se sont pas cachés d’avoir agit de façon punitive, pour m’ôter l’envie de recommencer, c'est-à-dire la possibilité de poursuivre ma série sur la psychanalyse. Pendant deux ans, je n’ai vécu professionnellement que grâce aux dons de parents d’enfants autistes, d’associations et de chercheurs qui eux-mêmes ont payé très cher dans leur carrière l’hégémonie et le comportement totalitaire du mouvement psychanalytique.
 
De plus, les plaignants ont tout fait pour retarder l’appel au maximum. Au départ, nous pouvions espérer que l’audience ait lieu fin 2012 mais ils ont décidé au dernier moment de poursuivre l’association « Autistes sans frontières » qui avait été relaxée en première instance. Puis ils ont joué la montre pour gagner du temps, de conclusion en conclusion, au fil de longs mois pendant lesquels mon film restait censuré et mon travail dénigré. La procédure totale aura donc duré deux ans et trois mois.
 
Des documentaires en attente
 
Aujourd’hui, mon film « Le mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » est de nouveau en ligne sur ma chaîne Dragon Bleu TV (lien disponible à droite de ce texte), disponible en VOD et en DVD chez AFD Editions. Il va également être diffusé sur Cinaps TV (le canal 31 de la TNT), dans des festivals et des cinémas indépendants (informations sur le site Dragon Bleu TV) dans toute la France. De mon côté, je prépare avec Maître Stefan Squillaci une nouvelle procédure pour obtenir réparation du préjudice subi par moi et par ma société.
 
Je suis en train de terminer un nouveau documentaire, au message positif, sur la prise en charge éducative, comportementale et développementale de l’autisme : « ABA et autisme : quelque chose en plus » dont vous pouvez découvrir le trailer sur mon site Dragon Bleu TV. Ce film, financé grâce aux subventions de particuliers, d’associations et de fondations, sortira le 2 avril, journée mondiale de l’autisme. Il va être diffusé par Vosges Télévisions et Cinaps TV ainsi qu'en salles dans toute la France, à l’initiative des associations dédiées à l’autisme. Mes projets pour 2014 : reprendre mon travail de productrice-réalisatrice dans des conditions enfin normalisées et surtout terminer ma série sur la psychanalyse, « La psychanalyse dévoilée », dont j’espère sortir les deux premiers volets en 2014 et le troisième en 2015, en parallèle à la version longue du « Mur ».
 
A une époque où je travaillais seule à la préparation de cette série et où j’ignorais encore les conséquences sanitaires et sociales des propos édifiants qui étaient tenus devant ma caméra, j’ai pris conscience que ce que je faisais allait bien au-delà d’un documentaire. C’était un travail de portée sociologique, un témoignage essentiel. La suite des événements n’a fait que me donner amplement raison. C’est pourquoi, lorsque ma série aura été réalisée et diffusée, je me suis engagée à mettre à la disposition du public l’intégralité de toutes les interviews brutes sur Internet. Le « Mur » a fait sauter un premier bouchon. Je souhaite que « La psychanalyse dévoilée » ouvre la voie d’un débat national, éclairé, sur les théories et la pratique psychanalytique, par son influence considérable sur la société française.
 
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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ROBERT Sophie

Journaliste, réalisatrice du documentaire « Le Mur : la psychanalyste à l’épreuve de l’autisme »
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