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Suicide : combattre les idées reçues pour empêcher le passage à l'acte

Publiée le 09/09/2014 |
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Révélée par SOS Suicide Phénix |
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Comment reconnaître une personne suicidaire ? Comment l’aider ? Pour « SOS Suicide Phénix », chacun peut être une personne relais et empêcher l’isolement.
Si le suicide est l’une des premières causes de mortalité aujourd’hui, il reste un sujet tabou. Pour les bénévoles de l’association « SOS Suicide Phénix », l’écoute et la reconnaissance sont pourtant les clefs pour aider une personne à risque. Magalie Gavend, secrétaire générale de l’association, démonte les idées reçues et explique comment reconnaître et venir en aide à une personne suicidaire.
 
De nombreuses idées reçues circulent sur le suicide : quelles sont-elles ?
 
        • « Pour se suicider, il faut avoir des problèmes psychiatriques »
 
On sort d’une période où on a cherché différentes explications au suicide en passant par tous les extrêmes : de Durkheim, qui disait que c’était la faute de la société, aux médecins hygiénistes, pour qui le suicide relevait de la maladie mentale. Mais les extrêmes ne sont jamais bons : dans le suicide, il y a une part individuelle mais aussi une part collective.
 
Aujourd’hui, l’idée que les gens qui se suicident sont des malades mentaux est encore répandue mais elle est complètement fausse. On est tous susceptibles de craquer mais rares sont ceux qui ont un vrai désir de mourir : la plupart du temps, on se suicide pour mettre fin à une situation de souffrance. Pour les personnes en souffrance psychique ou physique, le suicide semble parfois être la seule solution.
 
        • « Ceux qui parlent de suicide ou font une tentative le font pour attirer l’attention »
 
On entend aussi que ceux qui en parlent ne le font pas, surtout quand il s’agit d’adolescents, on pense que c’est du chantage. La réalité, c’est que les trois quarts des suicides sont annoncés par des signes précurseurs, des messages indirects ou des comportements. Ce chiffre va aussi à l’encontre de la croyance générale qui soutient que le suicide est imprévisible.
 
Beaucoup pensent que les personnes qui parlent de se suicider ne le font que pour attirer l’attention. Dans la même veine, on entend souvent dire, notamment de la part des médecins, que « quand on veut vraiment mourir, on ne se rate pas ». C’est faux : il faut vraiment souffrir pour penser au suicide, sans quoi on trouve d’autres moyens d’attirer l’attention. Et les personnes qui « se ratent » ne le font pas exprès… Les médecins savent simplement mieux « comment faire » que le reste de la population – d’ailleurs, parmi les taux de suicide les plus importants, on trouve les anesthésistes.
 
        • « Le suicide est un choix personnel, je n’ai pas à intervenir »
 
On peut tous être des acteurs de prévention du suicide, en étant simplement présents, à l’écoute, dans une attitude qui ne juge pas. L’objectif de notre association est de donner envie de vivre : c’est aussi l’intention que doit donner l’entourage d’une personne suicidaire.
 
Cet état d’esprit tord aussi le cou à l’idée que parler du suicide inciterait les personnes à passer à l’acte. Bien sûr, il ne faut pas en parler en des termes positifs – quand une rock star se suicide, des fans l’imitent parce qu'ils considèrent le geste comme courageux. Mais le suicide n’est ni lâche ni courageux : on se suicide parce qu’on souffre. Faire de la prévention en en parlant peut donc réellement empêcher le passage à l’acte. A l’association, notre leitmotiv est « En parler, c’est déjà revivre ».
 
Qui sont les personnes les plus susceptibles de se suicider ? Y a-t-il une catégorie de personnes plus « à risque » ?
 
Le suicide est la première cause de mortalité des 25-34 ans : c’est l’entrée dans la vie active, l’autonomisation qui sont particulièrement anxiogènes. C’est également la première cause chez les 35-55 ans : les responsabilités avec les problèmes d’emploi, d’enfants en font une période de vulnérabilité.
 
On compte également 3 500 suicides par an chez les personnes âgées. Contrairement à ce que l’on pense, c’est une période de grands bouleversements, avec le changement de statut social (pour certains, le passage à la retraite peut être catastrophique), un sentiment d’inutilité, une perte d’autonomie physique, le décès du conjoint, l’éloignement des enfants… La solitude est très importante : certaines personnes qui n’ont pas d’aide à domicile ou de proche à proximité ne voient parfois personne pendant des semaines.
 
Le suicide est la deuxième cause de décès pour les 19-24 ans, après les accidents de la route. Et il y a une très grande vulnérabilité à la tentative de suicide entre 15 et 19 ans. Ce sont le plus souvent des appels au secours qui ne conduisent pas forcément l’adolescent aux urgences. Mais, aujourd’hui, on sait que plus la première tentative de suicide se fait tôt, plus il y a de risques de récidives.
 
Enfin, depuis environ un an, on observe un certain profil d’adolescents extrêmement jeunes, entre dix et douze ans, notamment des filles. On nous décrit des automutilations et on nous joint souvent des photos de scarifications. Souvent, la dépression s’accompagne de troubles alimentaires, comme l’anorexie. Et parfois, il y a déjà eu une première tentative.
 
Comment identifier une personne à risques ? Y a-t-il des signes précurseurs ?
 
Avant tout, les signes précurseurs peuvent être des messages, de simples mots qu’on a tendance à banaliser. On se dit par exemple que c’est normal d’entendre ces propos auprès des personnes dépressives ou âgées, mais ce sont de vrais signaux d’alerte. Les messages indirects peuvent être des phrases comme « J’embrasse tout le monde, bientôt je ne vous ferai plus souffrir ». Les personnes âgées disent « Je ne vous donnerai bientôt plus de tracas » ou « Je n’en peux plus ». Et il y a les messages très directs : « Je veux mourir », « J’ai tout ce qu’il faut pour le faire » mais qu’il ne faut pas prendre comme une volonté d’attirer l’attention. Il vaut mieux écouter que de passer à côté.
 
On observe aussi de nombreux changements chez les personnes suicidaires, qui sont les symptômes de la dépression : un manque d’énergie, l’absence d’envie, la perte de l’estime de soi, une grande irritabilité, les troubles du sommeil, la fatigue physique et intellectuelle, le repli sur soi et la tristesse. Chez les adolescents, on observera souvent des fugues, des automutilations ou de l’anorexie. Les personnes âgées vont être apathiques et amplifier encore leur isolement.
 
Comment venir en aide à une personne suicidaire ?
 
La première chose à faire est d’apporter une oreille attentive, de bien dire qu’on est présent : on peut tous être des personnes relais. Il ne faut surtout pas laisser la personne s’isoler. Lui dire « Je suis inquiet pour toi » est aussi quelque chose de très important : pour une personne, savoir que quelqu’un est présent et qu’elle n’est pas jugée, c’est énorme.
 
Il faut aussi reconnaître le désir de l’autre de se tuer. Pour la personne qui est en souffrance, c’est important car elle verra qu’elle est entendue. Parfois, ça peut suffire. Il faut vraiment nommer les choses, ne pas être dans le tabou. Même les médecins, souvent, n’osent pas parler de « suicide » : ils parlent d’« idées noires » ou d’« envie de partir »… Mais il y a un effet libérateur à en parler frontalement.
 
Par contre, il ne s’agit pas de prendre en charge le problème : il faut conseiller à la personne de consulter, et plus spécifiquement de consulter pour parler de son désir de se tuer. Les médecins généralistes ne sont pas forcément formés au repérage et au traitement de la dépression, mais si la personne leur dit clairement « Je veux me suicider », ils comprennent et peuvent rapidement mettre en place une prise en charge médicale.
 
Attention, les médicaments calment mais ils n’évacuent pas les souffrances : il faut donc obligatoirement libérer l’émotionnel avec un accompagnement supplémentaire. Ce ne sera pas forcément un psychiatre, il y a beaucoup de possibilités : la sophrologie, l’hypnose, l’art thérapie… Quelques associations proposent des séances de groupe gratuites, de relaxation mais aussi des groupes de parole. Le but est de reprendre confiance en soi pour s’aimer de nouveau et retrouver de la valeur. On conseille aussi aux gens qui avaient des activités sociales de les reprendre : des cours d’art, de sport, même s’ils sont fatigués. On les invite à sortir de chez eux, à « se remettre en lien ». Il faut les pousser à l’action.
 
Quelles sont les actions de votre association ?
 
Les actions fixes de notre association tournent autour de trois missions :
  • un accueil physique, des rencontres, pour favoriser le lien ;
  • des permanences d’écoute, tous les soirs de 16 heures à 23 heures, par des écoutants bénévoles qui ont suivi un parcours de formation obligatoire ;
  • la messagerie de notre site Internet : les personnes nous écrivent et on leur répond. Ce dernier pôle est en plein développement parce qu’il y a de plus en plus de personnes qui utilisent ce moyen de communication, notamment chez les très jeunes adolescents. En sixième ou cinquième, ils n'appellent jamais et utilisent systématiquement la messagerie.
 
L’essentiel, c’est toujours d’en parler, d’employer le mot, de ne pas juger, de remettre au centre le lien social. Après, on ne peut qu’avancer.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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SOS Suicide Phénix

Fédération d'associations qui présente la problématique et prévention du suicide chez les jeunes et les adultes.
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