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Les couleurs des tatouages interdites : une profession en danger

Publiée le 10/12/2013 |
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Révélée par DABIEL Virginie |
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Les pigments colorés des tatouages devraient bientôt être interdits par « principe de précaution ».
Une mesure qui met en danger la profession en favorisant la clandestinité.
 
A cause de l'arrêté du 6 mars 2013, et à compter du 1er janvier 2014, la plupart des encres de couleurs utilisées par les tatoueurs seront interdites. Cette nouvelle loi se base sur un principe de précaution, car certaines substances présentes dans les encres de couleurs seraient allergènes, voire cancérigènes.
 
Seulement, voilà : depuis des dizaines d'années de tatouage, et donc avec le recul nécessaire, nous pouvons affirmer que les cas d'allergies restent rares et bénins et qu’il n’y a jamais eu de cas de cancer lié au tatouage. Les quelques cas d'allergies – en trois ans de pratique du tatouage, je n'ai eu que deux cas sur plus de 1 500 personnes tatouées – n'ont jamais eu de conséquences sur la santé des tatoués et se sont avérées bénignes et superficielles. Alors interdire la plupart de nos encres de couleur nous paraît être une mesure complètement disproportionnée.
 
Il y a de nombreux exemples de produits beaucoup plus allergènes ou cancérigènes qui sont autorisés (gluten, UV artificiels, tabac...) et sur lesquels le principe de précaution se limite à prévenir le client/consommateur/patient, alors pourquoi mettre nos encres au pilori ?
 
Une profession mise en danger…
 
A nous, les professionnels du tatouage, on rétorque qu'il restera encore 27 rouges, 13 blancs, 13 oranges… Mais ces pigments ne sont pas adaptés au tatouage corporel car photosensibles : ils ne résistent donc pas dans le temps. Quand on connaît le coût d'un tatouage (une manche complète peut coûter 3 000 euros), on peut s'attendre à ce que le résultat soit permanent et non terni en un an.
 
Que va-t-il se passer pour nous ? A compter de l'entrée en vigueur de cette loi, tout tatoueur qui continuera d'utiliser les pigments concernés risque une forte amende ainsi que l'interdiction de tatouer à vie. Je crains que, suite à cette interdiction, les contrôles se multiplient chez les professionnels. Certains refuseront ouvertement de se plier à cette loi, clameront haut et fort qu'ils ne cesseront pas d'utiliser les pigments interdits et devront payer l'amende. D'autres risquent de remettre au goût du jour la prohibition et, même si ça ne changera en rien leur façon de tatouer et leur professionnalisme, il y aura une psychose ambiante et permanente dans leur quotidien.
 
Ces réactions peuvent se comprendre : les pièces en couleurs font partie intégrante de notre travail. Certains tatoueurs ne font même que ça, alors pourquoi leur demander de renoncer à leur gagne-pain pour un simple principe de précaution ? Cette loi met en danger leur profession ainsi que celle de leurs fournisseurs.
 
… au profit des clandestins
 
Le tatouage n'a jamais été aussi en vogue que ces dernières années, aussi, en plus des nombreux professionnels, il existe un nombre incalculable de tatoueurs clandestins, sans aucune formation sur l'hygiène, et qui ne font aucune traçabilité de leur matériel. On les appelle les scratcheurs : ils pratiquent chez eux ou chez le client sans s'assurer que l'environnement est sain et commandent sur le net du matériel à bas prix et absolument pas certifié.
 
L'interdiction des pigments colorés ne va pas les inquiéter puisqu'ils ne sont pas déclarés. Ils pourront donc continuer leur petit business sans être inquiétés. Pire, ils vont récupérer énormément de clients qui, ne pouvant pas se faire tatouer en couleurs dans les salons, se retourneront vers eux pour concrétiser leurs projets… malgré les risques sanitaires !
 
Une étude sérieuse nécessaire
 
Alors pourquoi ? Ne serait-ce pas un moyen pour les dermatologues d'avoir plus de prise sur nous ? Je me demande si, suite à l'application de cette loi et aux contrôles dans les studios de tatouage, il ne faudra pas s'attendre à ce que sortent sur le marché de nouvelles encres, agréées par l'Etat et le syndicat des dermatologues… et plus chères que les encres actuelles. Et je doute que nous aurons accès à la composition exacte de ces encres. Je spécule, oui, mais quand je vois que certains produits de consommation sont autorisés et déclarés sans danger, alors que des analyses par des laboratoires indépendants donnent des résultats contraires, je commence à douter de la sincérité de cet intérêt général pour la santé publique.
 
Nous, professionnels du tatouage, ne demandons pas mieux que de travailler dans de meilleures conditions. Nous avons passé notre stage d'hygiène et respectons toutes les normes de sécurité et d'hygiène parce que nous respectons nos clients et que nous sommes des passionnés. Aussi, si une étude sérieuse pouvait être faite et si elle pouvait prouver que les encres qui vont être interdites sont hautement allergènes ou cancérigènes, je veux dire vraiment, nous ne serions pas aussi outrés que nous le sommes actuellement.

Le Vériteur

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DABIEL Virginie

Passionnée de dessin depuis toujours, je suis tatoueuse professionnelle depuis trois ans. J'officie actuellement au salon "Le Diable au Corps" à Boulogne Billancourt.
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