Toutes les Vérités > Pédophilie : la prévention sous un angle différent

Pédophilie : la prévention sous un angle différent

Thème : Société, Violence
Publiée le 08/11/2012 |
26009 | 7 ||
Révélée par Ange Bleu |
7
Signez la pétition

Restez informé !

Recevez quotidiennement
les nouvelles actualités
par e-mail.

Photo de la Vérité
La méthode de prévention de l'Ange Bleu : des groupes de parole réunissant victimes et pédophiles.
Malgré le lancement en juin dernier d’une « alliance mondiale contre la pédophilie en ligne » entre les Etats-Unis et l’Europe, la prévention de la maltraitance sexuelle des enfants en France demeure illusoire. Si la question de la récidive est un sujet rebattu par les politiques et les médias, celle de la prévention, qui serait d’empêcher des pédophiles de passer à l’acte, est en revanche passée sous silence.
 
Moi-même victime d’un pédosexuel à l’âge de six ans, j’ai souhaité comprendre ce phénomène, dans le but de pouvoir protéger, un jour, les enfants, et leur apporter un soutien, que j’aurais souhaité avoir étant enfant. Devenue militante sur le terrain durant trente ans avec la création de mon association « L’Ange bleu », j’ai pu constater lors de mes investigations que la pédophilie est un thème difficile à aborder, ambigu et sujet à polémique.
 
Les définitions de la pédophilie sont en effet multiples et regroupent parfois des notions différentes, source de nombreux amalgames dans les discours officiels.
 
Qui désigne t-on par le terme « pédophile » ?
 
Pour bien comprendre le débat, il est nécessaire de repréciser la notion de pédophile. Tout d’abord, un pédophile n’est pas nécessairement un pédosexuel et tous les pédosexuels ne sont pas nécessairement pédophiles. En effet, un pédosexuel désigne un adulte ayant des relations sexuelles avec des enfants prépubères. Ce dernier peut être violent, non violent ou de « bonne foi », c’est-à-dire qu’il n’a pas conscience de porter atteinte à l’intégrité physique de l’enfant. En revanche, un pédophile caractérise une personne (un homme généralement), qui éprouve des désirs et une attirance sexuelle pour des enfants de moins de 13 ans. On parle parfois aussi d’hébéphile. Ce dernier développe les mêmes attirances mais ne s’intéresse, qu’aux adolescents de 14 à 18 ans.
 
On doit donc distinguer les pédophiles ou hébéphiles criminels des pédophiles ou hébéphiles dits « abstinents », qui développent des attirances ou fantasmes et qui font le choix de ne jamais passer à l’acte. De plus, il est important de ne pas confondre inceste et pédophile : les incestueux ne sont pas tous nécessairement pédophiles. Par ailleurs, cette forme d’attirance sexuelle déviante fait, pour certains, partie intégrante de leur personnalité et n’entraîne pas de sentiment de culpabilité. En revanche, pour d’autres, présenter de telles attirances relève d’un supplice, source de honte et d’angoisse. Cependant, le milieu médical n’appréhende que difficilement les différences entre un pédophile dit « criminel » ou pédosexuel, et un pédophile dit « abstinent », et leur prescrit la plupart du temps le même traitement. Et quel traitement ? Souvent le même : l’administration d’antidépresseurs, et c’est bien le problème.
 
Il n’est pas rare en effet que l’on traite de la même manière le violeur récidiviste et le pédophile consommateur d’images pornographiques qui n’est jamais passé à l’acte. Dès lors, le sadique et le névrosé timide ou le pédophile psychopathe et le pédophile amoureux, sont mis sur le même plan. Ainsi considérés, les pédophiles font souvent l’objet d’une prise en charge insuffisante et inadaptée. En effet, comment pourraient-ils prendre au sérieux et accorder quelque crédit que ce soit à des professionnels mal formés, tenant un discours judiciaire ou thérapeutique dans lequel ces pédophiles et ces hébéphiles peinent à se reconnaître ?
 
Des pédophiles suivant un traitement me l’ont témoigné à plusieurs reprises : ils méprisent la suffisance d’un discours en si grand décalage avec leur personnalité comme avec leurs désirs, et ce n’est bien souvent que pour se voir délivrer une attestation qu’ils vont « pointer » auprès d’un thérapeute, obéissant à l’injonction de soin. La situation devient alors ubuesque : un thérapeute, si soucieux de prévenir la récidive, vient à en oublier la subjectivité et la souffrance du patient pédophile, qui n’est pas nécessairement réfractaire à la thérapie. Ils se retrouvent donc le plus souvent face à un mur d’angoisse et de honte, et beaucoup d’entre eux, incompris et mal soignés songent au suicide. Il est certes plus facile de fermer les yeux sur cette sombre réalité, qui dérange. Mais laisser à l’abandon ces pédophiles « abstinents », c’est se détourner de potentiels criminels
 
Prévenir la récidive n’est pas prévenir le passage à l’acte d’un pédophile…
 
Mon association « Ange Bleu » est donc née du constat d’un manque flagrant : celui de structures d’écoute et de soutien psychologique pour les pédophiles. Comment peut-on seulement parler de prévention, si l’on se désintéresse totalement des personnes susceptibles de passer à l’acte sur des enfants, de leur psychologie, de leurs opinions, et de leur souffrance ?
 
En France, la prévention se limite à celle de la récidive. Se limiter à cette approche est à la fois dangereux et aberrant. Prévenir de la récidive, qu’est-ce que c’est ? C’est attendre que les pédophiles commettent des infractions sexuelles ou que certaines d’entre elles soient signalées à la police et que leurs auteurs soient condamnés à suivre un traitement. En apparence, les acteurs concernés par la prise en charge du pédophile mettent en œuvre toutes les mesures appropriées : le législateur se donne bonne conscience en durcissant les mesures relatives au « récidiviste », la justice prononce des injonctions de soin, lorsque cela est jugé nécessaire, enfin le thérapeute assure un suivi et contribue donc à la prévention de la récidive. Le pédophile, lui est considéré comme encadré, et se donne, à son tour, bonne conscience, en envoyant régulièrement ses attestations de visite thérapeutique au juge d’instruction. Voilà la société rassurée. Du moins provisoirement.
 
En effet, dès qu’un délinquant ou un criminel sexuel récidive, on estime que ce dernier est, de toute façon incurable, et que la seule solution est le durcissement de la répression, certain évoquant même l’emprisonnement à vie. Et ce, qu’il s’agisse d’un consommateur d’images comme d’un violeur en série. Il est bien rare d’entendre remettre en question la pertinence de l’approche initiale.
 
C’est ce que je fais, de mon côté. J’affirme que la mise à l'épreuve imposée à certaines catégories de délinquants sexuels par décision judiciaire est une aberration et une grande erreur. Non seulement parce que la réponse vient trop tard, mais parce qu’elle est très souvent inadaptée.
 
Une proposition de méthode de prévention unique
 
Je propose une autre méthode de prévention : l’organisation de groupes de parole réunissant victimes, pédophiles tous profils confondus dans une ambiance de non jugement, de respect et de convivialité. Je pars du principe qu’on ne devient pas pédophile du jour au lendemain. Il semblerait, en effet, que le désir pédophilique se construise au fil du temps. J’ai en outre suffisamment de témoignages pour affirmer qu’un pédophile ne passe généralement pas à l’acte sans avoir d’abord éprouvé pendant des mois et souvent des années cette attirance sexuelle pour des enfants. Et je sais aussi que beaucoup de pédophiles luttent contre leur désir en s’efforçant de ne pas avoir de relations pédosexuelles. La répression est nécessaire mais elle ne saurait suffire à elle seule.
 
Que faire pour que la prévention en France ne soit plus un vain mot, et qu’elle cesse de n’être qu’un discours rassurant en décalage complet avec la réalité ? Le Canada est considéré comme l’un des pays pionniers en matière de prévention de la pédophilie. Mais à y regarder de plus près, il semble que l’innovation réside encore une fois dans la prévention de la récidive et non dans celle du passage à l’acte, avec pour cible le pédophile toujours conceptualisé comme « agresseur », quand bien même il ne serait jamais passé à l’acte. La méconnaissance du phénomène de la pédophilie pousse parfois à la psychose, voire à l’hystérie. Selon moi, le seul moyen d’entrevoir des solutions en matière de prévention, c’est l’ouverture de ce champ par la parole : en sortant les victimes et les pédophiles, eux-mêmes, du silence. Ainsi, établir un dialogue, c’est déjà agir et donc prévenir. Partant du principe qu’un pédophile isolé, c’est un pédophile dangereux, le groupe de parole confronte pédophiles « abstinents » ou « criminels » avec des victimes, dans le but de raconter son parcours, de freiner mutuellement d’éventuels passages à l’acte, et de permettre aux pédophiles de prendre conscience des dégâts qu’ils provoquent.
 
Après un reportage, diffusé en 2005 sur Radio Canada, qui entre autre, présentait l’action de L’Ange Bleu en France, j’ai reçu de nombreux appels émanant aussi bien de pédophiles que de professionnels qui souhaitaient savoir si le concept de l’association allait être « exporté » au Canada, compte tenu de sa pertinence et de l’absence d’équivalent dans ce pays. Je ne dis pas que les thérapies soient inutiles, mais que dans l’idéal cette démarche devrait être volontaire, autant que possible, à l’image de celle des pédophiles qui ont rejoint les groupes de parole organisés par L’Ange Bleu : hors du cadre judiciaire ou institutionnel, hors de toute coercition. Je ne prétends pas non plus délivrer une thérapie ni me substituer aux médecins. Mais un élément fondamental, à mes yeux n’est pas pris en considération par le milieu médical : le besoin pour le pédophile d’être entendu et respecté en tant que personne. Voilà, à mon sens, le pré-requis indispensable à la poursuite éventuelle d’une thérapie.
 
Je m’occupe par ailleurs d’un volet encore négligé, celui de l’aide apportée à l’entourage des pédophiles : comment accepter cette réalité ? J’essaye d’apporter des réponses à des parents qui ont un enfant pédophile et qui subissent l’influence désastreuse des médias, ou simplement l’œil accusateur du voisinage. La pédophilie est un tabou et suscite de vives réactions. Mais la monstruosité du geste ne doit pas faire oublier que derrière cette déviance se cache des hommes, qui doivent impérativement être pris en charge.
 
Au départ rejetées, les actions originales menées par l’Ange Bleu attire de plus en plus l’attention du personnel médical, mais également des criminologues, qui cherchent à comprendre au mieux cette déviance sexuelle. Aujourd’hui il ne me manque qu’une corde à mon arc : le soutien du gouvernement pour enfin envisager une politique de prévention contre des actes de pédophilies et permettre le développement d’initiative comme la mienne à l’échelle nationale. Car prévenir revient à protéger nos enfants, et c’est avant tout une prérogative d’Etat !
 
Pour finir et pour pouvoir continuer ce combat, que vous soyez parent ou non, j’ai besoin de votre contribution. Un lien réservé aux dons est indiqué sur le site de l’Ange Bleu : ange-bleu.com.

Suivez l’actualité de ma Vérité grâce aux rebondissements

Le Vériteur

Photo du Vériteur

Ange Bleu

L’association « L’Ange Bleu » (A.N.P.I.C.P : Association Nationale de Prévention et d’Information concernant la Pédophilie) a pour but d’organiser une activité nationale pour développer la prévention de la maltraitance sexuelle d’enfants et l’information concernant la pédophilie, en relation avec...
X

Partagez ma Vérité sur :

Restez informé :