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Cigarette électronique : pourquoi il ne faut pas la médicaliser

Publiée le 27/08/2013 |
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Révélée par LE HOUEZEC Jacques |
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La e-cigarette ne cesse plus de faire débat. Cette semaine, c’était au tour de la revue "60 millions de consommateurs" de l’étiqueter comme produit nocif.

Mise à jour du 4 novembre 2014 : une directive européenne non-adaptée à la cigarette électronique

 
Finalement, les députés européens ont rejeté l’amendement visant à médicaliser la cigarette électronique le 8 octobre 2013. Mais le processus qui a suivi était loin d’être clair et démocratique : la Commission européenne, qui n’est pas constituée d’élus mais de représentants des différents gouvernements, a réécrit la directive concernant la cigarette électronique. Elle a ensuite été votée le 26 février 2014.
 
L’article concernant la cigarette électronique est le fameux article 20. Il laisse la liberté aux Etats membres de traiter la cigarette électronique comme ils le souhaitent : comme un produit du tabac, comme un médicament, comme un produit de consommation courante... La problématique de la médicalisation n’est donc pas totalement évacuée. On le voit notamment en Angleterre avec la MHRA, l’agence du médicament britannique.
 
Sur la concentration en nicotine des e-liquides
 
En France, on ne semble pas aller vers une médicalisation. En revanche, la directive a introduit une réglementation inadaptée au produit et non-justifiée par les connaissances scientifiques actuelles. Par exemple, le contenu des flacons de e-liquide sera limité à 10 millilitres mais on a démontré que la concentration en nicotine de ces produits n’était pas dangereuse. La dose létale de nicotine, notamment, est beaucoup plus élevée que ce qu’on pensait auparavant.
 
En Angleterre, l’association de fabrication des cigarettes électroniques a fait une expertise sur la toxicité de la nicotine et la classification européenne des produits dangereux. La législation impose de mettre une tête de mort sur les flacons, ce qui revient à considérer qu’ils contiennent de la nicotine pure. Or, en France par exemple, le maximum de la concentration de nicotine est de 2% (donc 20 milligrammes par millilitre). Au-delà d’une concentration de 25 milligrammes par millilitres, on pourrait envisager une étiquette avec un point d’exclamation, ce qui représenterait une dangerosité moindre.
 
Sur la fabrication des produits de la cigarette électronique
 
La directive prévoit également de privilégier les cigarettes électroniques avec des cartouches pré-scellées, ce qu’on appelle les cigalikes. Elles ne représentent pas un gros marché en Europe mais sont beaucoup plus présentes aux Etats-Unis. Surtout, leurs brevets appartiennent au marché de la cigarette traditionnelle. Le contenu des recharges ou des clearomiseurs rechargeables sera également limité à deux millilitres. Par ailleurs, les cigarettes électroniques devront répondre à des contraintes techniques qui paraissent irréalistes aujourd’hui : des cartouches inviolables, sans fuite, sans fuite au moment du remplissage...
 
De même, de nombreuses responsabilités incomberont aux fabricants, notamment l’obligation de donner les caractéristiques d’un nouveau produit six mois avant sa mise sur le marché. Le secteur de la cigarette électronique évolue extrêmement rapidement et une telle mesure freinera l’innovation. Jusqu’à présent, les produits étaient constamment améliorés grâce aux remontées des consommateurs eux-mêmes qui faisaient leurs réclamations aux fabricants.
 
Sur l’interdiction de vapoter dans les lieux publics
 
Un autre sujet très débattu est la possibilité ou non de vapoter dans certains lieux. En France, Marisol Touraine a proposé d’interdire la cigarette électronique dans certains lieux publics et sur les lieux de travail clos et collectifs. A l’heure actuelle, aucune donnée scientifique ne justifie une telle mesure. L’Angleterre se refuse d’ailleurs à s’y plier. Toutes les études montrent clairement que les effets de la cigarette électronique sur l’entourage sont non-significatifs pour la santé. En fait, on continue d’assimiler le vapotage à la consommation de tabac. Donc les Etats veulent lui appliquer la même réglementation, mais ce n’est pas justifié scientifiquement.
 
Le danger pour les vapoteurs, s’ils ne peuvent plus fumer dans les lieux publics, est le retour au tabac. En effet, les utilisateurs de cigarette électronique ont besoin d’utiliser leur produit beaucoup plus fréquemment qu’un fumeur pour la même dose de nicotine. Ils ne peuvent donc pas se contenter d’une pose de cinq minutes toutes les deux heures : on considère qu’il faut une demi-heure à une heure de vapotage pour équivaloir à une cigarette traditionnelle en termes de délivrance de nicotine. Le risque pour ces consommateurs est donc de revenir à la cigarette traditionnelle, au moins en partie, c’est-à-dire de devenir des doubles-consommateurs. Or, il est prouvé que, pour arrêter le tabac, une consommation exclusive de la cigarette électronique est nécessaire.
 
Sur les chiffres du tabagisme
 
Un autre argument serait la renormalisation du tabagime : voir des consommateurs de cigarette électronique vapoter donnerait envie de refumer dans ces endroits. Cette hypothèse n’est pas du tout argumentée. On pourrait même penser l’inverse : les fumeurs pourraient avoir envie d’essayer la cigarette électronique à force de voir des vapoteurs se délivrer leur dose de nicotine de cette manière.
 
On parle aussi d’un risque que des jeunes, en vapotant, en arrivent à la cigarette traditionnelle. Là encore, cette hypothèse est non-vérifiée. Au contraire, les données qu’on a tendent plutôt à montrer que les jeunes fument moins depuis la montée en puissance de la cigarette électronique. Sa consommation a certes augmenté mais, surtout, le tabagisme a baissé ! Les chiffres américains et anglais le prouvent. En France, l’étude « Paris sans tabac » va également dans ce sens. Le seul bémol est une étude en Pologne qui montre une augmentation de la consommation de cigarette électronique et du tabagisme.
 
En France, on n’a pas de données récentes sur la prévalence du tabagisme, c’est-à-dire sur le nombre de fumeurs, mais on en a sur les ventes de tabac. Or, à part en septembre, elles reculent régulièrement depuis quatre ans. Depuis un an et demi, la baisse est de 6 à 7% par mois, c’est du jamais vu ! Ce phénomène ne s’explique pas par une augmentation des ventes transfontalières ou de la contrebande de tabac. Il paraît évident que la cigarette électronique en est, au moins en partie, responsable.

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Retrouvez ci-après la première Vérité de Jacques Le Houezec


Elle l’est pourtant beaucoup moins que les cigarettes classiques et représente une réelle alternative.

La cigarette électronique, ou e-cigarette, est un phénomène assez récent qui prend une ampleur inattendue et pourrait rapidement avoir des effets positifs sur la santé publique dans le monde. Mais voilà, c'est un phénomène qui s'est amplifié par le simple bouche-à-oreille, il s'est rapidement propagé, parce que, pour la première fois dans l'histoire du tabagisme, les ex-fumeurs ont décidé de se parler entre eux et ont lancé des forums de discussion au succès grandissant. Les autorités sanitaires et les gouvernements ont très vite été dépassés. Alors, maintenant, ils réagissent en voulant encadrer trop sévèrement la e-cigarette. Certains Etats ont été jusqu'à l'interdire. En Europe, on parle de la médicaliser.
 
Une réglementation raisonnée protégeant les consommateurs, en contrôlant la qualité des e-cigarettes et des e-liquides associés (ce qui est le rôle des lois sur la protection des consommateurs), pourrait être un bienfait pour la santé publique. A l’inverse, une réglementation trop contraignante, telle qu'elle est actuellement proposée dans le projet de Directive européenne ou le MHRA (agence du médicament anglaise) et qui impose aux fabricants de réglementer la e-cigarette comme un médicament, pourrait priver les fumeurs d'une option considérablement moins nocive que la cigarette conventionnelle (qui par ailleurs est, elle, très peu réglementée et bien plus accessible).
 
A ce sujet, il est bon de rappeler, que chaque année, plus de 73 000 personnes meurent du tabac en France (200 par jour !), plus de 500 000 en Europe, et plus de cinq millions dans le monde. Jusqu'à présent, les politiques anti-tabac, n'ont guère été efficaces. La nicotine n'est pas cancérigène : elle est certes responsable de l’installation et du maintien de la dépendance au tabac, mais pas des maladies dues au tabagisme. Le danger du tabac fumé vient surtout des plus de 7 000 composés chimiques (monoxyde de carbone, carcinogènes, gaz irritants, métaux lourds, etc.) qui accompagnent la nicotine dans la fumée de tabac. Les substances cancérigènes contenues dans les goudrons sont causes de cancers, les gaz irritants et oxydants sont causes de maladies respiratoires, le monoxyde de carbone et les gaz oxydants sont causes de maladies cardiaques.
 
« La e-cigarette est, et doit rester, un produit de consommation courante »
 
Vouloir faire de la e-cigarette un médicament serait une erreur monumentale. La e-cigarette est, et doit rester, un produit de consommation courante mis à la disposition des fumeurs pour réduire rapidement leur risque tabagique. Les utilisateurs sont là pour en témoigner (voir le lien en encadré). En faire un médicament ouvrirait la voie uniquement aux grosses entreprises du tabac ou pharmaceutiques et figerait la e-cigarette dans son état actuel, sans espoir de développement et de produits encore plus efficaces – c’est malheureusement ce que l’on a pu constater avec les substituts nicotiniques. En effet, toute modification ultérieure à l’attribution d’une autorisation de mise sur le marché nécessite de longues et coûteuses études, une nouvelle soumission et des années de développement. L’avantage d’un produit de consommation courante est qu’il peut évoluer vite, souvent sous la pression des consommateurs. C’est ce que l’on a déjà pu observer au cours des dernières années, où la e-cigarette est devenue plus performante et plus sûre – sous la pression aussi des lois de protection des consommateurs, même si elles ne sont pas suffisamment utilisées.
 
Quant au risque de renormalisation du tabagisme (vapotage dans les lieux publics) ou d’initiation chez les jeunes, c’est un faux problème soutenu par les associations anti-tabac. Il vaut cent fois mieux qu’un adolescent soit confronté à la e-cigarette, moins addictive et considérablement moins dangereuse, qu’à la cigarette. Pourtant, il est beaucoup plus facile à un adolescent de se procurer des cigarettes, dans tous les bureaux de tabac qui ne respectent pas l’interdiction de vente aux mineurs, qu’une e-cigarette (en premier lieu par le prix). Par ailleurs, pour les tenants du contrôle du tabac, la e-cigarette participe certainement plus à la dénormalisation du tabagisme, en rendant la cigarette désuète, que l’inverse. Ils devraient être parmi les défenseurs et non les opposants à la e-cigarette.
 
« C’est un tapis rouge que l’on déploie pour l’industrie de la cigarette »
 
Il convient bien sûr que la réglementation de protection des consommateurs s’exerce pleinement et que des contrôles de sécurité et de qualité, même renforcés, soient mis en place. Mais en aucun cas il ne faut contraindre la e-cigarette à être réglementée comme un médicament. Si l’on en reste là, avec ce projet de Directive européenne, c’est un tapis rouge que l’on déploie pour l’industrie de la cigarette. Le puissant lobby du tabac est bien implanté à Bruxelles. Il est urgent de réagir et d’offrir aux fumeurs européens une politique de santé publique qui soit à la hauteur des enjeux. Arrêtons aussi de mentir aux fumeurs en leur disant, comme le fait l’OMS, que tous les produits du tabac sont également nocifs, et que la e-cigarette ce n'est pas mieux. C’est faux : les produits non fumés le sont moins que les produits fumés. Le snus (tabac à chiquer suédois) est moins nocif que les autres produits non fumés et la cigarette électronique ne présente probablement pas plus de danger que la consommation d’autres produits de consommation courante.
 
Je voudrais, pour terminer, rappeler une citation de Michael Russell, l’un des pionniers de la recherche sur le tabac, que j’ai eu la chance de connaître et d’apprécier : « Ce n’est pas tant l’efficacité à court terme des nouveaux substituts nicotiniques comme aide à l’arrêt, mais plutôt leur potentiel à devenir des substituts à long terme de la cigarette, qui fait de l’élimination du tabagisme un but réaliste… Ces futurs produits devraient être activement promus sur un marché ouvert afin d’entrer en compétition avec le tabac. Il faudra pour cela que les autorités de santé les approuvent, que leurs taxes soient faibles, et que les mouvements anti-tabac les soutiennent afin que l’éradication progressive du tabagisme soit un but atteignable. »

Le Vériteur

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LE HOUEZEC Jacques

Conseil en Santé publique, Dépendance tabagique, Rennes / Honorary Lecturer, UK Centre for Tobacco Control Studies, University of Nottingham, England / Directeur de www.treatobacco.net
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